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dimanche 7 mars 2010
  louis reybaud saint-martin fourier comte saint-simon proudhon
*LOUIS REYBAUD^1 <#sdfootnote1sym> *^*1* * *

Je me trouvai placé, en entrant à l'Académie des sciences morales et
politiques, à côté de M. Louis Reybaud. Les séances de notre Académie
sont souvent très intéressantes. Elles l'étaient alors d'une façon toute
particulière par la présence d'un certain nombre de causeurs illustres,
qui faisaient le charme des salons de Paris, et qui, naturellement,
faisaient aussi le charme du nôtre. La science s'y montrait environnée
de toutes les grâces du monde. Ceux qui n'ont entendu M. Guizot qu'à la
tribune ne connaissent que très imparfaitement cette parole qui,
majestueuse et puissante dans une assemblée politique, devient familière
et quelquefois enjouée dans l'intimité. M. Cousin, tout le monde le
sait, était le roi de la conversation. Anecdotes, traits d'esprit,
curiosités inédites, vues profondes, détails charmants, tout se pressait
en abondance sur ses lèvres. Nul n'était plus redoutable et plus
impitoyable dans l'ironie. M. Giraud, qui était un jurisconsulte, lui
tenait tête, en histoire et en littérature, avec une érudition très sûre
et très étendue. M. Michel Chevalier, dont les écrits étaient devenus
graves avec le temps, retrouvait son ancienne verve à l'Académie. M.
Hippolyte Passy, très écouté, très respecté et très singulier, très
indifférent à tous ces jeux d'esprit quoiqu'il les comprit à merveille,
donnait une note grave dans ce brillant concert. Nous n'avions plus M.
Michelet; mais M. Michelet brillait surtout dans le monologue, et il
aimait mieux, pour auditoire de jeunes écoliers que de vieux
académiciens. Il arrivait souvent, surtout quand M. Cousin parlait, et
qu'il chantait une antienne à quelque philosophe d'une autre paroisse,
que l'Académie éclatait de rire. Mon voisin regardait de tous ses yeux,
et me disait « De quoi rit-on ? » Je ne pouvais pas toujours lui
répondre,parce que, pour lui répondre, il fallait crier, et qu'il y a
des choses qui ne se disent qu'à l'oreille. Je pris le parti de lui
écrire. Il m'écrivait aussi. « Mais, lui disais-je, je ne suis pas
sourd. C'est que je n'entendrais pas ma voix, je pourrais parler trop
haut, attirer l'attention, gêner l'Académie ». Nous avions l'un et
l'autre la plume à la main pendant [80] toutes les séances; et
quelquefois, quand par hasard, par très grand hasard, la lecture était
ennuyeuse, nos correspondances roulaient sur la politique, sur des
bruits de salon. Je suis sûr qu'en nous lisant on nous aurait pris pour
des écoliers. Nous n'étions jeunes ni l'un ni l'autre, quoiqu'il y ait
de cela un quart de siècle. La séance finie, Louis Reybaud prenait avec
soin tous nos petits papiers et les serrait comme choses précieuses dans
son portefeuille. Peut-être les relisait-il dans ses moments de
solitude, comme ces désoeuvrés qui font la partie avec un mort.


Marie Roch-Louis Reybaud est né à Marseille le 15 août 1799. 11 fit de
bonnes études au collège de Juilly. Son père était négociant. Il fit,
pour sa maison, de nombreux voyages dans le Levant et en Amérique.
Possesseur, à vingt-neuf ans, d'une petite fortune, il quitta Marseille
pour Paris, et le commerce pour les lettres. Je dirai d'abord ici qu'il
a été homme de lettres toute sa vie, et qu'il n'a jamais été autre chose
ni professeur, ni administrateur, ni homme d'affaires en quelque genre
que ce soit. Rien ne lui aurait été plus facile que d'avoir une place
après 1830. Il était ami de M. Thiers, qui connaissait son mérite. Il
fut député pendant quelques années, et député très occupé dans les
grandes commissions. 11 ne voulut ni rien demander ni rien accepter. Sa
plume lui suffisait il fut toute sa vie indépendant par sa position
comme il l'était par son caractère.

Il chercha longtemps sa voie il fit des vers, des récits de voyage, des
romans, des pamphlets, de l'histoire, de l'économie politique. A ne
consulter que cette nomenclature, il faut dire de lui que c'est un
polygraphe. Il a dû ses plus grands succès à l'économie politique. Il
était classé chez nous dans la section de morale, parce qu'il avait
succédé à Villeneuve-Bargemont. Mais Villeneuve-Bargemont lui-même était
moins un moraliste qu'un économiste. Il est tout simple que nous ayons
quelquefois, dans la section de morale, des économistes et des
philosophes. Louis Reybaud n'y était pas déclassé. Peut-être l'auteur de
Jerôme Paturot et des Études sur les réformateurs socialistes était-il
là à sa véritable place.

De même, dans un autre ordre d'idées, il était arrivé par un long
circuit à ses opinions définitives. Il avait été républicain avant la
république, quand les républicains étaient bien clairsemés et bien
persuadés eux-mêmes que la république ne reviendrait plus. Elle revint,
en 1848, et, quand elle fut revenue. Louis Reybaud, qui était un
républicain de la veille, et qui, à ce titre, pouvait prétendre à tout,
ne se sentit pas, en se tâtant, très convaincu d'être un républicain du
lendemain. Ce qu'il vit de plus clair dans ses convictions, c'est qu'il
était à la fois très conservateur et très libéral. Il fut ennemi [81] de
l'Empire, parce que l'Empire n'était pas libéral il accueillit avec
empressement la république libérale de M.Thiers.Quand la république, par
une confusion dont l'histoire offre plusieurs exemples, prit des mesures
contre la liberté de conscience au nom de cette liberté même, son ferme
esprit resta fidèle à ses opinions de <848 et de 1872. Il était de ceux
qui professent qu'on ne peut être sûr d'aimer et de comprendre la
liberté que quand on aime et quand on comprend la liberté des autres.


L'heureux homme Son histoire est presque terminée par ces quelques mots.
Il ne me reste plus qu'à parler de ses livres. Il en a fait beaucoup.
Mettons que ses œuvres complètes fassent cent volumes elles feraient, en
comptant bien, davantage. Il y a au moins cinquante volumes que je
sacrifierais volontiers il y en a bien quarante, parmi les autres, qui
ne me causeraient pas de grands regrets. Je vais en nommer quelques-uns,
sur ce grand nombre, pour en donner quelque idée, et nous nous
arrêterons ensuite, si vous le permettez, sur les huit ou dix volumes
qui méritent de lui survivre.

Il a d'abord collaboré à la Dupinade et à la Némésis. La Dupinade est
presque introuvable; il faut s'en consoler.. Tout le monde a lu la
Némésis et chanté la gloire de Barthélémy. Je n'en suis pas fort engoué.
J'y vois de fort beaux vers et un nombre beaucoup plus grand de vers
insipides. Je ne puis supporter une satire que quand elle est courte. Je
n'acquiesce pas à ce parti pris d'épancher de la haine en plusieurs
milliers .de vers. Je plains le poète de vivre dans cet état d'esprit,
et je ne me soucie pas de m'y mettre moi-même à sa suite. Je trouve
souvent, en lisant la Némésis, que c'est l'auteur qui se trompe.
J'applaudis, dans ce fatras, à quelques élans d'indignation magnifiques.
Louis Reybaud n'a collaboré qu'aux premiers chants. Je ne crois pas que
les beaux vers soient de lui, et j'ai pour cela deux raisons c'est qu'en
lisant les contemporains, je ne le vois jamais associé à la gloire de
l'auteur principal, et qu'il a eu la maladresse de publier des vers
composés et signés par lui seul. Ils sont, je le déclare, d'une
platitude désespérante. On faisait dans ce temps-là plus de vers qu'à
présent; tout le monde on faisait; j'en ai là de M. Guizot, qui ne
valent rien. M. de Rémusat en a laissé des,volumes; ceux-là ont eu dans
leur temps beaucoup de succès ils n'en auraient plus autant aujourd'hui.
Ceux de Louis Reybaud seraient situés n'en
parlons plus.


Vers le même temps (aux environs de 1830), il écrivit dans plusieurs
journaux le Voleur pomme, la Révolution de 1830, la Tribune, le
Constitutionnel, le Corsaire. Il collabora ensuite au National sous [82]
le nom de Léon Durocher. Il avait du bon sens et de l'esprit, les deux
qualités essentielles pour faire un bon journaliste. Je ne doute pas
qu'il n'eût conquis un rang élevé dans la presse, s'il en eût fait sa
principale affaire. Il a fait comme nous faisons tous, il a choisi
quelques-uns de ses articles pour les publier en volumes; mais qu'est-ce
qu'un article ? C'est une improvisation. Le journal transformé en livre,
n'a plus les immunités du journal; il parle à un public plus éclairé et
plus froid; il ne trouve plus l'assentiment passionné du premier jour.
L'auteur refait son article pour le transformer en chapitre, et il perd
son originalité à cette refonte, ou. s'il lui laisse son ancienne forme,
il a soin de choisir parmi ses articles les moins fantaisistes, ou, pour
parler plus exactement, les plus plats, ceux qui ont le moins de chances
de choquer, et, par conséquent, le moins de qualités pour plaire. Quand
le livre ne supprimerait que le péril, n'est-ce donc rien? Le
journaliste dans son article est un combattant, comme l'orateur à la
tribune; sa puissance est en proportion des risques qu'il court. Si un
homme marchait sur une corde raide à deux pieds au-dessus du sol,
personne ne se dérangerait pour le regarder. Mettez la corde au-dessus
du Niagara, il y aura vingt mille spectateurs.


Il faut qu'un journaliste politique en prenne son parti: son oeuvre
périt à mesure qu'elle sort de ses mains. Il n'est pas grand par ce
qu'il fait, mais par l'action qu'il exerce; et on n'exerce pas une
action puissante quand on est seulement journaliste à ses heures, comme
le fut presque toujours M. Reybaud.

On lui avait confié la direction de l'Histoire scientifique de
l'expédition française en Egypte. Cette direction l'occupa plusieurs
années. L'ouvrage ne comporte pas moins de dix forts volumes. M. Louis
Reybaud en écrivit six pour sa part; ce sont ceux qui comprennent les
campagnes de Bonaparte, de Kléber et de Menou. Il fut aussi chargé du
Voyage autour du monde, de Dumont d'Urville, et du Voyage dans les deux
Amériques, de d'Orbigny. Il s'acquittait avec aisance et talent de ces
taches difficiles; il avait l'amour de l'exactitude, un esprit clair et
méthodique, un style agréable sans être brillant. Ses propres voyages
l'avaient préparé à raconter ceux des autres. Mais, ici encore, il n'y a
pas à se le dissimuler, le genre est faux, l'oeuvre est condamnée à la
médiocrité. De même qu'un livre fait avec des articles n'est pas un
livre, un voyage écrit par quelqu'un qui est resté chez lui n'est pas un
voyage. Dans la correspondance de Jacquemont, Jacquemont nous intéresse
autant que les Hindous. Celui qui a dit: le moi est haïssable, ne
pensait pas aux auteurs; il ne pensait qu'aux égoïstes. Quand je lis un
livre, je veux être en [83] conversation avec celui qui l'a fait. Je
veux bien qu'il ne parle pas de lui, mais j'exige qu'il parle pour lui.
S'il ne fait que traduire les notes d'un autre, il n'a droit ni à ma
confiance ni à mon amitié.
Notre infatigable écrivain, qui a fait de l'histoire des voyages, du
journalisme, de la poésie, a fait aussi des romans. C'est même ce qu'il
a fait le plus. Pendant plusieurs années, il a tenu son rang, et même un
des premiers rangs, parmi les romanciers de second ordre. Le second
ordre est très honorable, quand on compte, au premier, les Alexandre
Dumas, les George Sand et les Balzac. Il a essayé un peu de tous les
genres la /Vie de Corsaire/ est un roman d'aventures /la Comtesse de
Mauléon/ est une étude de mœurs. Il aime à étudier des types, comme par
exemple l'employé dans /Edouard Mongeron, le Dernier des Commis
voyageurs, le Coq du clocher/. Je ne ferai pas l'énumération de ses
œuvres en ce genre. Elle serait longue. Si je l'essayais, vous diriez
peut-être avec dédain De ces vingt romans, je n'en connais pas un seul,
Ce n'est pas une raison pour qu'ils soient mauvais. Il y a des romans
qui sont d'admirables et durables chefs-d'œuvre, comme le Don
(Quichotte. Il y en a d'autres qui sont aussi des chefs-d'œuvre, et qui
commencent, au bout d'un demi-siècle, à être moins admirés. Il y en a
enfin qui, après quelques années, gardent leur réputation et perdent
leur vogue. On se sent obligé de les avoir dans sa bibliothèque; on se
dispense de les lire. Au commencement du siècle, on lisait Clarisse
Harlowe avec passion. La Nouvelle Héloise donnait la fièvre. Je ne crois
pas calomnier la génération nouvelle en disant qu'elle préfère nos
grands romanciers modernes. Encore si elle ne préférait que les plus
grands Elle ne sait plus le nom des romans de Mme Cottin, qui faisaient
pleurer tout le monde dans ma jeunesse, même les académiciens. Elle ne
connaît de Pigault-Lebrun que son illustre neveu. Permettez-moi donc de
ne pas être trop humilié pour M. Louis Reybaud de l'obscurité relative
où sont tombés des livres tels que César Falempin, la Vie à rebours,
Splendeurs et aventures de Narcisse Mistigris. On y trouverait, si on
voulait les lire, beaucoup d'esprit et de bonne humeur, des observations
fines, du sentiment sans exagération, de la gaieté sans indécence et du
plaisir sans remords. Mais on a, je le sais, autre chose à faire que de
lire de pareils livres. Ceux-ci ne sont que naturels, ils ne sont pas
naturalistes.

Je viens de lire tous les romans de M. Louis Reybaud. J'en ai fait une
lecture sommaire, à raison de deux romans par jour. A part quelques-uns,
où il ne s'est proposé que de distraire le lecteur,ils contiennent tous
la satire d'un vice ou d'un ridicule. Il ne fouille pas profondément,
comme un Balzac il se contente de regarder avec de [84] bons yeux, sans
se donner trop de peine. Ce qu'il raconte ne l'émeut pas, ou l'émeut
bien légèrement; mais on comprend, et cela lui suffit, qu'on a affaire à
un esprit juste et à un cœur bien placé. II était difficile que, avec
ces qualités et ces dispositions, il se bornât tou- jours à raconter des
aventures imaginaires. Il devait sentir à la longue le besoin d'observer
directement la société, de chercher un remède pour ses défauts, et de
discuter les remèdes offerts par des réformateurs trop aventureux. Nous
venions de traverser trois révolutions l'une par la philosophie, l'autre
par la guillotine et la troisième par le canon. Revenus en pleine paix,
sous l'abri des lois, le gouvernement nous conseillait de reprendre la
foi de nos pères, et un peu leur législation, ce qui ne faisait plaisir
qu'aux anciens émigrés. En même temps, et comme pour faire contraste,
les utopistes nous conviaient à des révolutions pacifiques, dont on
riait, en attendant d'en souffrir, et peut-être d'en périr. M. Reybaud
se dit qu'il fallait au moins examiner attentivement ces nouvelles
doctrines, qu'elles faisaient déjà des adeptes, qu'elles feraient sans
doute des dupes, qu'il était temps d'en tirer ce qu'elles pouvaient
contenir d'utile, de signaler ce qu'elles avaient de dangereux. Il
publia, dans la Revue des deux mondes, une série d'articles sur
Saint-Simon, Fourier, Owen, Auguste Comte. Le succès fut universel. Il
avait enfin trouvé le sujet qu'il devait traiter en maître, avec une
précision, une impartialité, une clarté que personne à ma connaissance,
ne devait porter aussi loin que lui. Il a fait de ces articles un
ouvrage d'une lecture facile. Les articles de la Revue des Deux Mondes
sont toujours, par la fermeté des vues et la sûreté des informations,
les chapitres d'un livre; ils ne sont des articles que par la limpidité
de l'exposition et la vivacité du style. M. Louis Reybaud fit quelques
additions, ajouta quelques appendices, et il en résulta deux volumes que
l'Académie française couronna en 1841. C'est pour ces deux volumes,
Messieurs, que, quelques années après, M. Louis Reybaud, fut appelé à
siéger dans notre Académie il va sans dire que Jérôme Paturot, publié en
1843, et dont le succès fut immense, ne nuisit pas à son élection.

M. Louis Reybaud, qui ne se vante jamais, dit qu'il a eu le triste
honneur d'introduire le mot de socialisme dans la langue française.
C'est une assertion dont je suis hors d'état de vérifier l'exactitude.
Avant de commencer l'histoire des socialistes modernes, il rappelle en
quelques mots celle des socialistes anciens. Ce sont des prédécesseurs
glorieux, puisqu'il compte parmi eux Platon, Thomas Morus et Fénelon.
Quand il publia son chapitre sur les saint-simoniens, l'école n'était
pas, comme aujourd'hui, entrée dans l'histoire. [85] Enfantin n'avait eu
autour de lui que des jeunes gens, presque des adolescents. Ils étaient
dispersés comme famille, mais ils étaient vivants et même puissants, car
la plupart étaient des esprits d'élite qui s'ouvrirent dans le monde une
large trouée. Le livre de M. Louis Reybaud n'était ni un pamphlet ni une
apologie. Il ne voulait satisfaire ni les ennemis de toute innovation,
ni les adversaires de toute tradition. Il put en entrant chez nous se
trouver assis, sans éprouver aucun embarras, à côté d'un des
représentants les plus illustres de l'école et de la famille
saint-simonienne.

« Levez-vous, monsieur le comte, vous avez aujourd'hui de grandes choses
à faire. C'est avec ces mots que Saint-Simon, dès l'âge de dix-sept ans,
se faisait éveiller tous les matins. Il servit sous Washington, et fut
colonel à vingt-trois ans. Mais la campagne finie. il quitta pour
toujours la carrière militaire. Dès sa première jeunesse, il rêvait de
fonder une école scientifique et un grand établissement industriel. Il
n'avait que dix-neuf ans quand il envoya au vice-roi du Mexique un
mémoire sur la jonction des deux océans au travers de l'isthme de
Panama. Il trafiqua pendant la Révolution, sur les domaines nationaux:
il lui fallait de l'argent comme moyen d'action. A peine enrichi, il
s'entoura de savants dont il fut le Mécène. Il se maria pour étudier le
mariage, vécut un an dans le luxe et acheva de se ruiner. Le grand
seigneur, l'ancien spéculateur enrichi, fut contraint d'accepter une
place de copiste au Mont-de-Piété, qui lui rapportait mille francs par
an. Il se passait de feu en hiver et vivait~de pain et d'eau, pour
fournir aux frais d'impression de ses livres.

Pour avoir écrit que si la France perdait ses cinquante premiers
savants, ses cinquante premiers artistes, ses cinquante premiers
industriels, etc., en tout les trois mille premiers savants, artistes et
artisans, il lui faudrait au moins une génération entière pour réparer
ce malheur, mais qu'elle pouvait perdre sans périr, et même sans
souffrir, Monsieur, frère du Roi, Monseigneur le duc d'Angoulême, tous
les princes du sang, tous les ministres d'État, tous les évêques, tous
les juges, et les 10,000 propriétaires les plus riches parmi ceux qui
vivent noblement, c'est-à-dire à ne rien faire, la Restauration lui fit
un procès. Il le gagna. Il était exaspéré par la persécution et la
misère. Il se tira un coup de pistolet, mais la balle n'ayant atteint
aucune des parties organiques, il en fut quitte pour la perte d'un oeil.
Il vécut encore jusqu'en 1825. Le Nouveau Christianisme est l'oeuvre de
ses dernières années et je remarque en passant que la plupart des
pourfendeurs de christianisme finissent par un nouveau christianisme.

[86]

Dans les derniers jours de sa vie, il avait trouvé le moyen de fonder le
Producteur. Là se réunirent ses disciples, ayant à leur tête Enfantin et
Bazard. Le Producteur ne put se soutenir. Ils eurent recours aux
conférences de la rue Taranne. d'où sortit l'Exposition de la doctrine
puis à l'organisateur, publication hebdomadaire. Enfin. au commencement
de 1831, Pierre Leroux leur apporta le Globe Ce fut leur époque
glorieuse. La discorde se mit entre les deux chefs quand Bazard, esprit
plus pratique, refusa de suivre Enfantin dans les conséquences extrêmes
de la doctrine. Les fidèles, les persévérants restèrent groupés autour
d'Enfantin, qui leur donna asile dans une maison qu'il possédait à
Ménilmontant. Ils prirent l'habit, chantèrent des hymnes, adoptèrent une
règle, et pour compléter la ressemblance avec les institutions
monacales, furent visités par la misère. Les uns prêchaient, à Paris et
en province, la nouvelle doctrine d'autres louaient leurs bras pour un
salaire, et se résignaient aux plus humbles besognes. Ils furent sauvés,
c'est-à-dire dispersés, en 1832, par un arrêt de la Cour d'assises.


Telle est l'histoire de la secte. *La doctrine est plus difficile à
résumer, parce qu'elle aborde tout, depuis la nature divine jusqu'à
l'organisation de la propriété, du travail et de la famille. Louis
Reybaud la juge assez sévèrement en disant qu'elle ne se compose que de
plagiats. Selon lui, elle n'est ni plus ni moins méritante au point de
vue religieux que les autres réformes au petit pied tentées de nos jours
« dans l'une et l'autre Eglise dissidente ou orthodoxe ». Elle n'a pas
même l'éclat de la comédie théo-philanthropique jouée vers la fin du
siècle dernier. Dans les sphères de l'illuminisme et du mysticisme, les
saint-simoniens copient sans les égaler Saint-Martin et Swedenborg ils
sont panthéistes en métaphysique dans leur théocratie, ils refont les
hiérophantes, les brahmes, les mages, les druides, les scaldes, en
demandant à l'affection une obéissance absolue que ces prêtres, « mieux
avisés demandaient à la terreur. Leur morale n'.est guère plus neuve.
C'est, pour les relations entre les sexes, de l'épicurisme compliqué de
polygamie ou de polyandrie, le tout aggravé, au goût du prêtre, de
quelque chose qui ressemble de bien près à l'ancien droit du seigneur. *


Ce jugement est bien sommaire. Il ne tient pas compte de la différence
entre la doctrine du livre de /l'exposition/, rédigé par M. Carnot à la
suite des Conférences de la rue Taranne sous la direction de Bazard, et
celle du /Nouveau Livre/, sorte d'Évangile ou de Coran, publié par
Enfantin à Ménilmontant. après la scission. Il n'est pas très sérieux
d'assimiler le saint-simonisme, qui repose sur la croyance au progrès et
qui prononce cette belle formule « L'âge d'or est [87] devant nous à des
sectes religieuses dont le dogme principal est la doctrine de la chute
et la réhabilitation par la pénitence. Fonder le pouvoir sacerdotal sur
l'amour, au lieu de le fonder sur la terreur, ce n'est pas une
différence légère c'est une opposition formelle, qui constitue pour le
saint-simonisme, non une infériorité comme M. Louis Reybaud le prétend,
mais une supériorité éclatante. La réunion dans une même main du
pouvoirspirituel et du pouvoir temporel n'est certes pas'une nouveauté;
mais c'est peut-être la première fois que cette unité ait été réclamée
au nom de l'égalité absolue du spirituel et du temporel.


L'accusation d plagiat est donc mal fondée et je note comme une
particularité assez piquante que mon excellent ami M. Carnot, dans un
curieux mémoire qu'il a communiqué à l'Académie, prétend au contraire
que nous sommes tous plagiaires des saints-simoniens. Et quand il serait
vrai que le saint-simonisme n'est qu'une suite de plagiats, je ne sais
pas ce qu'on pourrait en tirer contre lui. Les premiers âges du monde
ont condamné les âges suivants à n'être que des plagiaires en
philosophie; nous réunissons d'anciennes formules à d'autres anciennes
formules pour former,avec des éléments anciens, un assemblage nouveau.
C'est à cela, et à quelques développements très restreints, que se borne
désormais notre esprit d'initiative. Il suffit de savoir un peu
l'histoire de l'esprit humain pour trouver des ancêtres à toutes les
découvertes. La grande gloire n'est pas d'inventer, mais de réaliser.
Celui qui énonce une idée en passant et l'abandonne, est moins grand que
celui qui la recueille et la fait vivre. On a beau me dire que
Saint-Simon a rêvé de percer l'isthme de Panama, je sais bien quel est
l'homme qui va contraindre les deux Océans à mêler leurs flots.


M. Louis Reybaud dit que la politique et l'économie politique sont
restées ce qu'elles étaient avant Saint-Simon. Oui, ce n'est pas
Saint-Simon qui a créé cette formule « Toutes les institutions sociales
doivent avoir pour but l'amélioration morale, intellectuelle et physique
de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Sans parler des
philosophes anciens et modernes, et plus spécialement des philosophes
français du dix-neuvième siècle, c'est la doctrine, c'est le langage de
la Constituante. Mais n'est-ce rien de l'avoir répétée si souvent et si
haut, et avec une conviction si ardente qu'elle est entrée plus
profondément dans les esprits ? Le Globe ne croyait pas innover quand il
écrivait sur sa première page « Tous les privilèges de naissance sont
abolis. » Mais ces privilèges, abolis le 4 août, avaient été restaurés
par Napoléon et parla Charte. « A chacun selon sa capacité, à chaque
capacité selon ses oeuvres ». Ce n'est qu'une [88] règle de justice mais
le saint-simonisme en faisait un principe d'organisation sociale.

On a voulu voir dans cette formule la proclamation du communisme. M.
Carnot dit avec raison qu'il ne faut pas la confondre avec la formule
d'une autre école « A chacun selon ses besoins. II ajoute que la maxime
saint-simonienne est précisément la négation du partage égal des biens.
L'inégalité dans la distribution est manifeste, mais il reste à demander
à M. Carnot si ce qu'on distribue est la propriété, et si ce n'est pas
seulement la jouissance. La propriété indivise, ou, comme on dirait à
présent, le collectivisme, n'implique pas nécessairement la suppression
de toute hiérarchie.

Ce qui est surtout condamnable chez les saint-simoniens, c'est la
théorie de la ;femme libre, et l'intervention du couple sacerdotal dans
le mariage. Ce fut l'échec d'Enfantin. Il avait fait dresser à côté du
sien, pour la femme-pontife, un trône qui resta vacant. « La femme ne
vient pas disait-il mélancoliquement. Elle vint au contraire, non pour
siéger, mais pour protester. Mme Bazard se chargea de la condamnation,
qui fut écrasante.

Rien ne diffère plus de la personne et de la doctrine de Saint-Simon que
la personne et la vie de Fourier. Saint-Simon est noble, il combat en
Amérique pour l'indépendance, il fait le commerce en .grand, il se
marie, il donne des fêtes, il se ruine. La pauvreté venue, il la
supporte avec courage, sans jamais abandonner son oeuvre. C'est une vie
étrange, brillante et diverse. Fourrier naît. et vit dans une condition
modeste. Je dirai en deux mots sa vie matérielle. Il est, et reste,
commis-marchand. Tout jeune, il conçoit les premiers fondements de son
système et passe sa vie à le perfectionner. Il n'a d'autre souci que de
parvenir à publier ses livres pour le reste,tout lui est bon, il n'y
songe pas. II ne doute ni de son génie, ni de son succès, c'est-à-dire
du succès futur de ses idées, et il vit par avance dans le monde
enchanté qu'il décrit et qu'il prépare.


Les économistes veulent qu'on utilise tous les matériaux et toutes les
forces de la nature physique et Fourier veut qu'on utilise tous les
hommes, et toutes les aptitudes de chaque homme. Ce n'est pas utiliser
un homme que de le surcharger de besogne, si cette besogne n'est pas
celle à laquelle il est propre, car il souffre en la faisant, et il la
fait mal tandis que, mis à sa place, son travail est un bonheur pour
lui, et une heureuse fortun e pour la communauté. Il n'y a pas de
travail rebutant,il n'y a que des travaux mal répartis. Tous les
mécomptes de l'humanité, depuis qu'elle existe, viennent de ce qu'elle a
laissé certaines forces inactives et qu'elle a mal employé les autres.

Il y a un malentendu entre Dieu et nous depuis cinq mille ans.

[89]

Newton a expliqué le monde physique par l'attraction physique, Fourier
vient expliquer et régler le monde moral par l'attraction universelle
passionnée. Les deux mondes sont analogues dans leur constitution, et
doivent l'être dans leur loi.


Le centre de l'attraction universelle passionnée est Dieu. L'attraction
vient de lui, le devoir vient de l'homme, et le devoir consiste
uniquement à suivre l'attraction qui nous mène à Dieu. Cette attraction,
qui n'aboutit qu'à la méditation et à l'extase dans le mysticisme, se
produit par l'action en harmonie, c'est-à-dire dans le monde transformé
suivant les idées de Fourier. En harmonie, tout est action et mouvement.
L'attraction passionnée a pour résultat d'employer toute passion humaine
et tout individu humain à son oeuvre propre, ce qui implique la division
du travail et l'association.

L'association n'est pas l'indivision. Notre penchant n'est pas de
s'absorber, il est de coopérer. Nous apportons, dans la coopération, le
capital, le travail ou le talent dans la société mal organisée,c'est au
capital qu'est attribuée la plus grande part des produits le talent
vient ensuite. La proportion est renversée en harmonie, et le travail a
la plus grande part, parce qu'il représente la classe la plus nombreuse.
Dans l'organisation du travail humain, Saint-Simon s'appuie sur la
hiérarchie des fonctions, et Fourier sur leur équivalence.

Platon, dans sa République, suppose un homme et une femme faits l'un
pour l'autre, et qui seraient parfaits, s'ils pouvaient se rencontrer et
s'unir mais comme ils ne se rencontrent pas, et que le mariage entre
deux êtres mal assortis engendrerait le désordre et introduirait un
dissolvant dans l'Etat, il supprime le mariage et charge le magistrat
d'assortir les couples dans des unions momentanées. Fourier adopte le
même principe et en décrit l'application avec une précision sévère et
une surprenante abondance de détails.

Il applique aux rapports entre les sexes sa théorie de la division des
fonctions et les fait passer par trois degrés les favoris et favorites,
les géniteurs et génitrices, et enfin, après ce double essai, s'il a
réussi au gré des contractants, les époux et épouses. Telle est dans
Fourier la puissance de l'imagination qu'ayant conçu son utopie, il la
voit par les yeux de la pensée, comme il voit par les yeux du corps le
monde extérieur. Ce n'est pas un vœu qu'il exprime, ce n'est pas une loi
qu'il formule c'est un voyage qu'il raconte. Et son récit a dans un si
haut degré le caractère d'une description minutieuse et sincère que sa
foi, à la longue, devient communicative.

Cette multitude de détails dans lesquels il entre, et qui d'abord
paraissent puérils ou choquants, finissent par donner à sa création les
apparences de la réalité on se laisse dominer par cette foi robuste;
[90] un détail explique l'autre Fourier apporte au service de ses
démonstrations, qu'il faudrait appeler des descriptions, une érudition
souvent contestable, mais fort étendue, l'érudition d'un homme qui a
vécu pour penser, et qui a constamment rapporté à la même pensée toutes
ses lectures et toutes ses observations il est souvent lourd et fatigant
parce tqu'il tient à être complet mais quelquefois ses descriptions
deviennent brillantes et poétiques. C'est comme un rideau qui se lève
tout à coup pour nous laisser voir une scène animée et radieuse. II y
avait, dans ce rêveur, un philosophe; dans ce philosophe, il y avait un
poète.


Disons adieu à la poésie en arrivant avec Louis Reybaud, à la
philosophie d'Auguste Comte. C'est la philosophie positive, qui a fait
tant de ravages et si peu de prosélytes car si beaucoup s'inscrivent
dans ses rangs, bien peu l'étudient, et parmi ceux qui la connaissent,
le plus grand nombre fait des réserves. Elle est d'un accès difficile.
Il suffit de nier Dieu et l'esprit, et de faire profession de ne croire
qu'à ce qui tombe sous les sens pour se déclarer positiviste mais il
faut avoir une grande somme de connaissances pour lire et comprendre les
œuvres d'Auguste Comte, de Littré et de Stuart Mill. Comte établit qu'il
y a trois âges qui se succèdent dans l'histoire de l'humanité, tout en
se pénétrant dans les époques de transition l'âge théologique, l'âge
métaphysique et l'âge positiviste. L'âge théologique est encombré de
dieux, et l'âge métaphysique, qui pourtant est un progrès, est encombré
de fantômes. Le vrai philosophe, qui est le philosophe positiviste,
n'affirme que ce qu'il voit, c'est-à-dire les faits extérieurs, et les
étudie, non pour connaître leur origine ou leur fin, mais pour constater
leur. Enchaînement. c'est- à-dire les lois de leur succession. Après les
dieux mythologiques des premiers siècles, le Dieu abstrait de la raison
a rendu des services provisoires, ne fût-ce qu'en simplifiant le monde
des chimères. Mais à présent son règne est fini, son utilité passée, et
la science positiviste n'a plus qu'à le ramener poliment à la frontière.
Après avoir, dans cette partie historique de son œuvre, enveloppé la
religion et la métaphysique dans la même proscription, Comte entreprend
de ramener les sciences véritables, c'est-à-dire les sciences qui ont
pour objet le relatif, à une formule supérieure, qui les enchaîne dans
une synthèse générale; selon l'ordre décroissant de leur généralité et
l'ordre croissant de leur extension. Il y en a six les mathématiques, la
physique, la chimie, la physiologie, la biologie et la sociologie. Sa
morale qui, logiquement, devrait être l'intérêt ou l'égoïsme, est au
contraire le sacrifice ou l'altruisme, parce qu'il obéit au principe de
la supériorité du général sur l'individuel.

[91]
Ainsi l'œuvre de *Comte*, comprend deux parties la négation de tout ce
qui est transcendant; la coordination de tout ce qui est relatif.
Quoique la première partie fût purement négative, il la regardait comme
le plus grand service rendu par lui à la science et la preuve la plus
concluante de son génie car l'humanité avait usé tant de force pendant
tant de siècles pour donner à des chimères une apparence de réalité,
qu'il fallait une vue perçante et une résolution courageuse pour
abandonner ces fantômes et pour contraindre la philosophie à concentrer
enfin toute son action sur un objet saisissable. Il lui semblait qu'en
arrachant l'esprit humain à ce long rêve, il l'avait ressuscité. Les
sensualistes, ses devanciers, ne sont pas des positivistes, car ils
tirent tout des sens, même l'absolu, qui n'existe pas.


L'idée de l'analogie scientifique universelle est bien antérieure à M.
Auguste Comte. Les jésuites, particulièrement, en avaient été hantés.
C'est elle qui donna naissance à l'Encyclopédie méthodique mais cette
grande entreprise, faite pour l'unité, aboutit dès ses premiers pas à la
confusion. Ampère, auteur de la /Mathésiologie/, et Geoffroy
Saint-Hilaire, avec son /unité de composition/ et sa /Théorie des
analogues/, avaient travaillé, au commencement du siècle, à la synthèse
des sciences; mais Comte le fit avec plus de rigueur scientifique et en
poursuivant, jusque dans l'intérieur de chaque science, son système
général de coordination. L'idée ne lui appartenait pas personne ne s'y
attacha avec plus de suite et d'application.

Saint-Simon le compta pendant six ans au nombre de ses disciples. Il lui
rendit même des services, car il avait, au temps de sa prospérité, la
main ouverte. Mais Comte ne pouvait être le disciple ni l'ami de
personne. Il avait trouvé de bonne heure l'idée fondamentale de son
système, et, depuis cette époque, il croyait seul avoir raison.
*Fourier*, qui se mettait sur le même rang que Newton, n'était pas un
modèle de modestie; mais il n'avait pas l'orgueil agressif. Il se
sentait beaucoup; il ne demandait pas d'hommage. Même son premier livre
parut sans autre nom d'auteur que son prénom de /Charles/. Auguste Comte
voulait s'imposer imposer sa personne comme sa doctrine. Sa vie n'avait
pas été heureuse. Il entre avec un des premiers rangs à l'École
polytechnique, et il en est chassé presque aussitôt à la suite d'une
échauffourée. Il donne des leçons; il en trouve peu. A un certain
moment, il n'a qu'un élève; cet élève est un de mes grands amis, je veux
dire un de mes illustres amis c'est La Moricière. Il finit par être
répétiteur à l'école et examinateur d'admission, mais il perd son emploi
à la suite de démêlés avec François Arago. 11 ouvre un cours chez lui,
pour exposer son système, et attire [92] quelques personnes illustres,
Humboldt, Poinsot, de Blainville; mais, à la troisième leçon, une
discussion s'élève entre lui et Bazard. Elle dégénéra promptement en
querelle. Il fut même question de duel. A la suite de cette scène, Comte
eut un accès de folie furieuse. Il fallut l'enfermer chez Esquirol.

Il était marié, mais seulement à l'état civil, ce qui était rare alors,
et d'autant plus scandaleux. Ce mariage l'avait brouillé avec sa mère
qui habitait Montpellier. Elle accourut pourtant à la nouvelle de sa
maladie, et parla de le faire interdire et enfermer dans une maison
religieuse. La jeune Mme Comte déploya alors un grand caractère. Elle
réclama son mari. fit griller chez elle les fenêtres, ne voulut pas
d'intermédiaire entre elle et lui, et le guérit à force de soins en
quelques semaines. La mère avait pour âpre conseiller celui qui disait
alors: Je leur montrerai ce que c'est qu'un prêtre et qui nous montra
depuis ce que c'est qu'un révolté. La Mennais lui souffla d'exiger le
mariage religieux. Comte, à peine guéri, s'y soumit en maugréant, et eut
une rechute. Il s'échappa, courut au pont des Arts et se jeta à la
Seine. On le sauva, on le rapporta, confus, presque guéri. Un séjour à
Montpellier acheva la cure. Mme Comte fut mal récompensée. Quelques
années après, sur une querelle futile, Comte provoqua une séparation à
laquelle elle consentit.

Au moment où il se trouvait sans place et, par conséquent, sans
ressources, las de s'adresser au gouvernement, qui avait repoussé toutes
ses demandes, il conçut l'idée de se faire entretenir par ses disciples.
Il leur donnait la lumière; ils lui donneraient la vie matérielle. Il
fixa lui-même sa liste civile à cinq mille francs.. Aucun souscripteur
français ne se présenta. Stuart Mill réunit quelques amis anglais, qui
firent les frais de la première année. Ils s'arrêtèrent là. M. Comte
avait espéré que ce serait une pension annuelle, et fut vivement irrité
de ce qu'il appelait leur abandon. M. Littré reprit l'idée en France et
la fit aboutir. Il se chargea même d'être le trésorier.

Mais il survint dans les idées de Comte un changement bien inattendu. Un
jour vint où il ne se contenta plus d'être chef d'école. Il voulut avoir
son église. Une religion fondée sur le positivisme, personne n'aurait
imaginé que cela fût possible, ni que cela pût entrer dans la tête
d'Auguste Comte. Il est vrai que c'était une religion bien peu
religieuse. Il rassembla ce .qui lui restait de disciples pour leur
communiquer son manifeste, et les avertit, avant de commencer la
lecture, qu'il fallait l'écouter en silence. Je ne veux pas, dit-il,
d'observation je n'en souffrirai aucune. » L'ouvrage parut, en deux
volumes, de 1844 à 1848, sous ce titre /Système de politique positive
ou/ /traité de Sociologie instituant la Religion de l'humanité/. M.
Littré, [93] après réflexion, se sépara. Il établit, dans une courte
note, que Comte avait quitté la méthode objective pour la méthode
subjective, et revenait à l'hypothèse religieuse. Son maître lui
réservait une autre surprise. Lui qui s'était marié civilement, qui
avait accepté d'être le défenseur de Marrast devant la Cour des Pairs,
et qui s'était laissé condamner à plusieurs jours de prison plutôt que
de servir dans la garde nationale, il se rallia au coup d'Etat de 1851.
Je dois ajouter, pour être juste envers sa mémoire, qu'il ne gagna rien
à cette conversion. Etait-ce même une conversion ? Il n'avait jamais été
opposé à la doctrine des coups d'Etat. Dans une adresse de l'Association
polytechnique au roi Louis-Philippe, rédigée par lui, il s'était avisé
de déclarer que les coups d'Etat étaient légitimes quand ils se
faisaient dans le sens du progrès. Il pensa apparemment que la
révolution du 2 décembre était faite dans le sens du progrès. Il était
grand partisan de ce qu'on appelle aujourd'hui le socialisme d'Etat, et
se souciait peu de la liberté. A son mariage, il avait signé sur le
registre de la paroisse Brutus-Bonaparte, association de noms qui se
comprenait en ce temps-là. Toute cette vie est monotone et attristée. Il
a eu ce malheur après sa mort, de n'être écouté et admiré que dans ses
négations.

Je trouve encore d'autres écrivains français dans le livre de M. Louis
Reybaud. C'est dans le chapitre des humanitaires. Les humanitaires n'ont
jamais formé une école. M. Louis Reybaud rassemble sous ce titre
quelques écrivains dont le plus célèbre est l'abbé de Saint-Pierre, et
le plus moderne M. Pierre Leroux. Ne prenons pas au sérieux la fantaisie
qu'a eue M. Louis Reybaud de citer à côté de ces deux noms le grand nom
de Lamartine, pour quelques vers où le poète met l'humanité au-dessus de
la patrie

Nations, mot pompeux pour dire /barbarie/ !

L'amour s'arrête-il où s'arrêtent vos pas !

Déchirez ces drapeaux, une autre voix vous crie

L'égoïsme et la haine ont seuls une patrie

La fraternité n'en a pas !

L'abbé de Saint-Pierre ne supprime pas la patrie. Il ne veut supprimer
que la guerre. A mon avis, li. Louis Reybaud le raille trop. Il oublie
trop que le monde a changé de taille. Il ne faut plus qu'une semaine
pour aller de Paris à New-York. Un Européen et un Américain se parlent à
l'oreille. Puisque la confédération des Etats-Unis existe, on ne peut
opposer au projet de confédération européenne que la dimension de
l'Europe et cette dimension est terriblement diminuée par la vapeur et
les câbles sous-marins, depuis le temps de l'abbé de Saint-Pierre.

[94]

M. Pierre Leroux visait bien autre chose qu'une confédération; il ne se
contentait pas de la paix il voulait la solidarité universelle. Il
posait le principe avec grand appareil il manquait de netteté et de
précision dans les applications. C'était un de ces hommes à qui Dieu a
dit « Tu ne te débrouilleras pas! et même la malédiction ne s'arrêtait
pas là Dieu lui avait dit a Tout ce que tu toucheras, tu
l'embrouilleras. » Il avait une grande ambition philosophique, de la
curiosité, de la subtilité, et beaucoup de connaissances acquises. Son
érudition n'était pas sûre il avait le défaut des orgueilleux il ne
faisait jamais qu'effleurer, car il croyait toujours deviner. Il était
le plus grand ennemi de l'éclectisme, auquel il porta de rudes coups
sans s'apercevoir qu'il était plus éclectique que M. Cousin son système
était fait de pièces et de morceaux rassemblés de toutes parts sans
suite ni cohésion. Cousin était compliqué et clairvoyant: Pierre Leroux,
compliqué et embrouillé. Il ne cessait d'argumenter contre la
psychologie de Cousin, bien plus complète et plus pénétrante que la
sienne. Il lui reprochait de donner une action séparée et une réalité
distincte à chacune des facultés de l'âme, et Cousin s'attachait au
contraire à montrer que l'homme est tout entier dans tous les phénomènes
de la vie. A la différence des autres réformateurs, il admettait la
famille, la patrie et la propriété. Il s'attachait même à montrer la
nécessité de ces trois institutions, qui sont le stimulant et la
récompense de l'activité; il en montrait aussi les inconvénients, qui se
résument, disait-il, dans une tendance à supprimer l'ordre social par
l'exaltation de l'égoïsme. Il faut les conserver et les corriger par
l'expansion dont l'amour est le principe. Égoïsme, amour ; absorption,
expansion telle est la loi du mouvement, le circulus dans le monde moral
comme dans le monde physique.

A ce point de vue, Jésus-Christ a été réellement un sauveur, car il a
rétabli le /circulus/ en promulguant la loi de la charité. Mais la
charité est incomplète, parce qu'elle crée le devoir sans créer le droit
correspondant; par exemple, selon le christianisme, j'ai le devoir de
donner, mais celui à qui je donne n'a le droit ni d'exiger, ni de
délimiter, ou de faire délimiter le don que je lui fais. Ainsi
Jésus-Christ est le précurseur de Pierre Leroux; le christianisme n'est
qu'une aurore; c'est une première et glorieuse étape pour conduire le
monde à la religion humanitaire, qui remplace l'aumône par le droit au
travail, la charité par la solidarité.

Le christianisme donne pour sanction à la morale la vie future au delà
de la terre dans un lieu de délices ou dans un lieu de supplice. Pierre
Leroux n'admet ni ciel ni enfer. Il n'admet pas l'enfer, dont
l'hypothèse est contraire au dogme du progrès indéfini et il n'admet
[95] pas le ciel, parce que la perfection réside dans tout et ne peut
être une entité isolée en dehors du monde. Qu'est-ce donc que la vie
future ? Une transformation de l'individu dans la perpétuité de la race
; elle se produit sous la forme d'incarnations successives. Un individu
meurt, un autre naît: l'espèce subsiste; voilà l'immortalité de l'âme.
Si on lui objecte que cette perpétuité est purement métaphysique et ne
peut constituer une sanction morale, puisque l'âme ne se souvient plus
de ses états antérieurs, il répond par la réminiscence de Platon et la
doctrine des idées innées. La solidarité comme règle morale est appuyée
sur la solidarité comme loi génésiaque et principe métaphysique. M.
Louis Reybaud le prend de très haut avec Pierre Leroux, et l'accuse de
ne différer qu'en apparence du système qu'il combat, et d'aboutir tout
simplement à remplacer un mot par un autre. Il n'y a rien de nouveau
dans le système de Pierre Leroux, pas même les mots dont il se sert.
C'est le panthéisme sous sa forme la plus explicite. L'auteur était un
homme embrouillé, par la loi de sa nature, et le système est
nécessairement embrouillé, puisqu'il repose sur la confusion de deux
idées contradictoires. Pierre Leroux était désordonné dans sa
conversation comme il l'était dans sa vie, malgré un travail opiniâtre
même défaut dans sa production courante mais il ouvrait des points de
vue, il abondait en idées, en rapprochement inattendus, en saillies, il
était armé pour le combat, il avait les aspirations et la langue d'un
prophète. Il ne laisse pas après lui de livre ni d'école: mais il laisse
Je souvenir d'un homme qui a beaucoup agi sur ses contemporains, qui les
a souvent ou effrayés ou amusés, sans le savoir et sans le vouloir, et
qui était un esprit éclairé et ouvert, quoique confus.

M. Louis Reybaud étudie, dans d'autres chapitres, des réformateurs
étrangers à notre pays : Owen, le doux père d'une famille inquiétante,
un homme bienveillant et généreux, qui a fondé la secte des communistes
Bentham, le plus puissant théoricien de la morale utilitaire les
Mormons, dont la théorie est absurde et la pratique habile, et qui ont
fait vivre un Etat par la négation de tous les principes sans lesquels
aucun Etat ne saurait être viable. Il est à remarquer que de toutes ces
utopies, ce sont les deux plus extrava- gantes qui ont eu un
commencement d'exécution, celle d'Owen et celle de Joseph Smith (les
Mormons). On ne peut regarder la famille de Ménilmontant comme un essai
sérieux du saint-simonisme ; M. Victor Considérant, le disciple de
Fourier et le propagateur zélé du système sociétaire, a vainement
sollicité de la république de 1848 les moyens de fonder un petit
phalanstère aux environs de Saint Germain, pour donner aux Parisiens la
douceur de voir de [96] leurs yeux et pour ainsi dire à proximité de
leurs mains, la terre promise. Au contraire, Owen put croire un moment
qu'il avait créé une colonie de communistes à New-Harmony en Amérique et
à Orbiston en Angleterre.

Joseph Smith et son successeur Brigham Young ont fondé deux villes
florissantes. Le Congrès fit marcher une armée contre eux. Ils se
soumirent; mais Brigham Young, resté maître des élections après sa
défaite, imposait sa volonté au gouverneur du nouveau territoire. La
lutte des Mormons contre la puissante république et contre le sens
commun dure depuis un demi-siècle.

M. Louis Reybaud a écrit son livre en 1840, lorsque la réputation de
Proudhon n'était pas encore faite, mais il a publié la septième édition
en 1864. Il est singulier qu'il n'ait pas ressenti le besoin de rendre
sa revue plus complète, en y introduisant un des plus audacieux et des
plus redoutables ennemis de la société. Proudhon avait une autre action
et une autre force intrinsèque que Pierre Leroux. C'est un dialecticien
et un pamphlétaire de premier ordre. Il connaît à fond les questions
d'affaires, et possède, en théologie, une instruction plus sûre que
celle de Pierre Leroux. Ses livres méritent d'être réfutés, parce qu'ils
méritent d'être étudiés. Il excellait surtout à trouver ces formules
courtes et saisissantes, qui restent à jamais dans le souvenir, et qui
renferment toute une philosophie en quelques mots. En voici deux que
connaissent ceux qui ne comprendraient pas la page, mais ils comprennent
à merveille la formule. Quand on supprimerait tous les livres de
Proudhon, il resterait de lui ces deux phrases l'une qui résume la haine
de Dieu « Dieu retire-toi » l'autre qui résume la haine du capital « La
propriété, c'est le vol. » C'est tout Proudhon. A ceux qui lui
imputaient l'athéisme et le communisme sur la foi de ces deux formules,
il répondait « Qu'en savez-vous ? » Vaine protestation, qui ne change
rien à la doctrine, et nous éclaire seulement sur le caractère et les
procédés de l'écrivain. Cet homme, le plus affirmatif des hommes, était
un sceptique. Il ne croyait à rien de ce qu'il voyait, et n'était pas
sûr de croire à ce qu'il pensait. C'est un de ces hommes dont on dit en
le lisant c C'est la logique etla clarté même et dont on dit, quand on a
fermé le livre « Que veut-il dire ? »

M. Louis Reybaud rassemble,en finissant,tous les réformateurs devant
lui, et laissant de côté leurs différences, il leur montre que tous
leurs systèmes reposent sur l'hypothèse suivante L'homme consentiraà
abdiquer sa liberté en toutes choses, même dans le choix et la pratique
d'un état, et il se trouvera heureux dans cette dépendance absolue,
pourvu que le pouvoir auquel il se soumet ne se [97] trompe jamais dans
la répartition des fonctions ni dans celle des bénéfices. » Ils ne se
demandent ni les uns ni les autres comment on obtiendra cette
abdication; ni si elle est possible, ni si elle a quelques chances
d'être durable; ni si l'homme, comblé de tous les biens, mais privé.de
toute liberté,peut-être appelé heureux. Ils ne s'occupent pas non plus
de la désignation du chef de la société. L'apôtre dit, comme Louis XIV «
L'Etat, c'est moi..» Pourquoi vous? Et après vous, qui sera-ce ? Un
dictateur désigné par son prédécesseur? Ou un dictateur élu ? Ou un
dictateur héréditaire ? Sera-ce un homme, ou un collège ? Un collège ou
une caste ? D'où viendra à cet homme, ou à ce collège, ou à cette caste,
l'autorité ? De l'institution divine ? de la tradition de la force ?
Menues questions qui ne méritent pas d'être traitées. On établit en
forme d'axiomes qu'il n'y a pas d'association sans maître, ni de maître
sans toute-puissance et omniscience. Augustin Thierry, qui suivit
quelque temps les idées de Saint-Simon, se plaignit à lui de recevoir.
des doctrines toutes faites et des ordres absolus. < Je ne comprends pas
d'association sans un maître, lui dit Saint-Simon d'un air rogue. Et
moi, répondit Augustin Thierry, je veux être un homme. » Il le quitta.
La société fait comme lui. Elle quitte les socialistes qui ôtent à
l'humanité les sources de la vie.

Nous voulons être des hommes. La condition de l'homme est d'avoir une
famille, unie par les liens étroits du devoir et de l'amour, où il est
tour à tour protégé et protecteur, qui lui donne le bonheur et le reçoit
de lui, pour laquelle il veut travaillera et souffrir, qui lui rend le
travail aimable et lui adoucit, lui ennoblit le sacrifice; de choisir
selon ses goûts et ses aptitudes sa tâche dans l'atelier universel de
garder les fruits de son travail, ou du travail de l'épargne de ses
pères; de puiser, dans cette possession, pour lui et pour les siens, la
sécurité d'abord, et l'indépendance aussi chère que la sécurité ;
d'obéir seulement à la loi qu'il a faite ou consentie, et aux magistrats
qu'il a institués pour interpréter cette loi et la faire exécuter; de
disposer librement de sa pensée; de manifester hautement sa foi devant
Dieu et devant les hommes, à la seule condition de respecter les droits
et la liberté d'autrui. Comme il faut des aliments à nos corps, il faut
à nos âmes, la propriété, la liberté, la foi. Le vrai progrès est de
rendre la famille plus sainte et la propriété plus solide et mieux
répartie, la liberté mieux comprise et plus complète, la foi plus ferme
et plus éclairée. Vous parlez de progrès, et, comme si vous vous étiez
égarés dans la nuit profonde, chaque pas que vous faites dans vos voies
diverses vous ramène à la barbarie. Vous êtes des démolisseurs à faire
trembler, et des réformateurs pour rire.

[98]

Le temps a marché depuis Louis Reybaud. Ses réformateurs s'appelaient
Saint-Simon, Fourier, Bentham, Pierre Leroux. Les nôtres s'appellent.
Mais nous ne nommons ici que les morts, et, parmi les vivants, ceux qui
méritent des prix de vertu. Il faudrait un nouveau Louis Reybaud pour
faire connaître cette nouvelle génération de réformateurs. J'ose dire
qu'elle est inférieure par le talent, et très supérieure par les
qualités d'action. Il y moins d'écrivains et de philosophes, mais il y a
des conspirateurs en quantité. Les gens de M. Reybaud, si on en excepte
Auguste Comte, faisaient tous de la métaphysique, et encore il n'est pas
certain qu'il n'en a pas fait dans son dernier livre ils avaient des
accès de lyrisme quelques-uns, tels que Charles Fourier, étaient à
l'occasion de vrais poètes. ils se livraient à des digressions dans
leurs écrits Fourier aurait dit qu'il se laissaient mener par la
papillonne. Pierre Leroux est l'homme des digressions. Dans son livre,
dans ses discours, dans ses articles, dans sa vie, le principal
disparaît toujours au profit des digressions, qui sont parfois
charmantes. Ils souffraient réellement des souffrances subies à côté
d'eux, ils voulaient y porter remède.

Nous avons affaire à présent à des algébristes qui ne savent ce que
c'est que pitié et sympathie. Pour eux, tout ce qui est sentiment est
faiblesse. La réforme sociale est un problème à résoudre, une bataille à
gagner. Quelques-uns des chefs du parti ont fait des livres leurs
adhérents ne s'en préoccupent guère. Ils ne songent qu'au programme et
au plan. Il faudrait peut-être dire au graphique.Le parti ouvrier, qui
est le collectivisme allemand, compte surtout sur un coup de main, et le
parti possibiliste,qui est, je crois, une de nos gloires nationales,
veut voir avant tout ce que le scrutin pourra lui donner. Je passe sur
les blanquistes et les anarchistes. En un mot, nous n'avons plus devant
nous des maîtres et des disciples, mais des meneurs et des bataillons.
Ils ont à la bouche le mot de Proudhon « Ceci tuera cela » et différent
surtout sur la façon de s'y prendre.

Je ne puis quitter ce livre de Louis Reybaud sans répéter qu'il atteste,
outre le talent, une grande décision d'esprit, et un grand courage
moral, deux qualités bien nécessaires à un historien. il fit de
l'auteur, en 1850, un membre de notre Académie, et je pense qu'il
contribua à le faire député de Marseille en 1846. Il appartint à
l'opposition constitutionnelle dans la Chambre des députés, et ensuite,
comme représentant du peuple, au parti libéral. Il fut membre et
rapporteur de la grande commission chargée par l'Assemblée législative
d'étudier l'état politique et économique de l'Algérie. Son rapport est,
comme on devait s'y attendre, une œuvre très considérable, que les
historiens futurs de notre colonie mettront au rang des documents [99]
les plus importants. Son rôle dans notre Académie fut très laborieux. Il
prenait peu de part à nos discussions; il n'a jamais parlé à la tribune
de la Chambre ; sa modestie et une certaine timidité le retenaient. Mais
ayant été chargé par l'Académie d'étudier la situation morale et
matérielle des ouvriers de la grande industrie en France, il visita
successivement tous nos centres manufacturiers, et publia sur les
industries de la laine, du coton et du fer, des rapports d'une grande
exactitude matérielle, et où l'on retrouve, à chaque page, les traces de
son talent d'observation et de son excellent jugement. On y trouve aussi
les grandes qualités de son style une composition régulière, une
exposition lucide, une clarté parfaite, et tout juste autant d'humeur
qu'il en faut pour donner de l'agrément à la narration sans lui rien
faire perdre de sa gravité. Depuis la mort de M. Louis Reybaud,
l'Académie a confié à un autre de ses membres la tâche de faire une
semblable enquête sur les ouvriers de l'agriculture. J'ose dire que
cette double série de rapports est un service important rendu à
l'économie politique et à la morale. Les deux auteurs ne se sont pas
bornés à décrire. ils sont des maîtres l'un et l'autre ils savent, comme
des maîtres, décrire, juger et conseiller.

"J'aurai fini l'histoire de Louis Reybaud, quand j'aurai dit que nous
l'avons perdu en 1872. Mais vous vous demandez sans doute pourquoi je
n'ai pas parlé du plus retentissant de ses succès, du célèbre, du
mémorable, de l'illustre ./Jérôme Paturot/. Il y a, dans le bagage de
quelques écrivains, une œuvre qui efface toutes les autres, et ce n'est
pas toujours par la supériorité du mérite. On dit l'auteur de Manon
Lescaut, l'auteur de Paul et Virginie. il y a bien autre chose à admirer
que Paul et Virginie dans les œuvres de Bernardin de Saint-Pierre. Plus
d'un auteur s'est désigné lui-même pendant quelque temps par le nom de
son œuvre de prédilection; par exemple, Walter Scott. D'autres ont subi
cette désignation de mauvaise grâce, soit par modestie pour cette œuvre,
soit par orgueil pour une autre. L'auteur des Etudes sur les socialistes
Modernes a été, pour le public, pendant bien des années, l'auteur de
Jérôme Paturot. Le livre se vendait sous toutes les formes, en belles
éditions de bibliothèque, en éditions populaires; on le reproduisait en
feuilletons dans les journaux, on le publiait par livraisons illustrées
et ce qui est la consécration suprême du succès, le nom de Jérôme
Paturot était entré dans la langue courante pour désigner un caractère.
On était un Jérôme Paturot comme on est un père Grandet. Louis Reybaud,
à ce point de vue, a été une des plus grandes victimes de la révolution
de Février. Quand la société dont Jérôme Paturot était [100] la satire
s'est effondrée, Jérôme Paturot a perdu une partie de ses grâces.

Il n'était pas de la force de don Quichotte, qui est éternel, ni même de
celle de Gil Blas. Les folies romantiques de 1830, qui sont tout autre
chose que le romantisme, sont bien loin de nous. Nous ne rions plus des
bonnetiers, et quand ils deviennent députés, nous n'en éprouvons pas le
plus léger étonnement. Ceux mêmes d'entre nous qui ont de glorieux états
de service dans la garde nationale ne se rappellent plus très exactement
ce qu'était cette milice au temps du roi Louis-Philippe. Le roi
lui-même, à la distance où nous le voyons dans l'histoire, ne nous
semble plus matière à plaisanterie. On peut dire de lui que nous le
découvrons de jour en jour, à mesure que les événements se développent.
On riait beaucoup de sa cour, il y a quarante ans. Ce qu'il ly avait de
plus plaisant dans l'affaire, c'étaient les railleries des républicains,
qui lui reprochaient, étant le roi de la bourgeoisie, de vivre un peu
comme un bourgeois. Il n'en était pas moins roi, et même prince, pour
ceux qui savaient regarder, Le rideau est tombé depuis longtemps sur ces
grandes scènes dont le secret n'est pas encore dit, et ceux qui n'ont
vécu que sous Napoléon III ou sous la troisième République, ne peuvent
plus s'intéresser aux tribulations de Jérôme Paturot, comme moi, par
exemple, dont il a été le capitaine.

Et cependant, si la garde-robe est fripée, le personnage est bien
vivant. Au lieu de prendre l'habit à Ménilmontant et d'y prononcer ses
vœux pour cirer ensuite les bottes de la communauté, je suppose qu'il
s'enrôle dans les bataillons de la Commune. Il échappera au conseil de
guerre et deviendra fanatique de M. Thiers après le 24 mai. Il sera
ensuite radical, sans changer d'opinion, tout simplement en suivant la
foule et en regardant où il met le pied. Nous le verrons à la cour ; il
y a moins de broderies qu'à la cour de Louis-Philippe, mais plus de
courtisans, et de plus plats. Une fois là, il se sentira plein de pitié
pour ceux qui ne comprennent pas le génie de son patron, et qui
n'adhèrent pas, à la seule politique dont on puisse attendre le salut de
la France. Je ne doute pas qu'il ne soit ministre, parce que les Paturot
ont eu de l'avancement depuis un quartde siècle ; et Malvina ne se
contenterait pas de parader dans un salon ministériel ; il faut qu'elle
en soit la maîtresse. /Exitus ergo quis est?/ Le Paturot de 1840 était
mis en liquidation, celui-ci sera entraîné dans un krach. Vous le voyez,
je n'ai rien changé. C'est toujours le pantin de M. Louis Reybaud, avec
des ficelles neuves.

Jérôme Paturot n'est pas une bluette d'opposition: c'est un livre. M.
Louis Reybaud qui avait la production facile, donna plus tard avec [101]
.autant de talent et moins de succès, Jérôme Paturot à la recherche de
la meilleure des Républiques. C'était, au fond, une nouvelle édition
revue, corrigée, un peu affaiblie, de la première satire. Ceux qui
liront ses romans s'apercevront aisément qu'il a fait cette satire-là
toute sa vie. Elle est dans Dernier Commis voyageur, dans le Coq du
clocher, dans les /Splendeurs de Narcisse Mistigris./ Toutes les
qualités de ces livres agréables sont réunies dans Jérôme Paturot, qui
peint tous les ridicules d'une époque, et toutes les misères de
l'ambition de bas étage, sans avoir l'air d'y toucher. C'est un livre de
bonne grâce et de bonne humeur, qui a l'heureuse et singulière fortune
de n'épargner et de ne blesser personne.

C'est mon cher et excellent ami M.Vacherot, qui, comme président de
l'Académie, prononça les dernières paroles sur la tombe de notre
confrère. Il dit avec raison qu'il: était parmi nous un des plus
aimables et des plus aimés. Il avait autant de vivacité, de bon sens, de
finesse dans l'esprit que de douceur et d'aménité dans le caractère. Ce
qui nous l'a rendu si cher, c'est sa bonté, cette bonté qui était comme
le fond de sa nature et qui se montrait partout, jusque dans l'ironie
qui était un des agréments de son talent, et dont personne ne s'est
jamais senti blessé.

*JULES SIMON.*

1 <#sdfootnote1anc> 1 Lecture faite dans la séance publique annuelle du
17 décembre de l'Académie des sciences morales et politiques, par le
secrétaire perpétuel, M. Jules Simon.

 
mercredi 3 mars 2010
  saint-martin's teachings
/II. The Constitution of these Beings. /
All bodies are an expression of the three primitive elements, which are earth, water and fire (in their occult meaning.)
Each being has a separate principle by which it exists and acts. All principles are inherently indestructible and simple, and after fulfilling their destiny return to the source from whence they came ; but the forms, which are only the sensuous representations of the action of these principles, cease to exist after the principle which caused them ceases to act. There remains no original matter.
Each principle is the generator of its corporeal form, and as each has its peculiarity of character, an individual or a species cannot change its nature, but must retain the original number, which determines its character.
There are general as well as special principles of matter, for even the smallest particle of matter contains a principle, which is an indivisible homogeneous unity. General principles differ only from special principles according to their quantity and duration of action. Their action is only one.
Each Being has the character of its special principle impregnated on its form and action, and moreover each being has a certain inherent number, and all beings, those that are thinking as well as those that are only active, interrelate and correlate according to numeric laws. All their principles are only either higher or lower potencies of the all-creating unity of infinity, and their natural position and time of action depend on their respective proximity to or remoteness from the same.

*III. — THE CONSTITUTION OP THE UNIVERSE. *

The life and existence of all beings are dependent on a continuous influx of the infinite, and the Universe is based upon seven invisible primitive motors or primitive forms, amongst which are divided the various divine powers. They are the seven colors of primitive light, or so called seven stars around the throne of Deity, which will at the re-establishment of Divine unity be reunited and produce a light whose power will be seven times stronger. In the realm of the spiritual everything is good and pure, in the realm o the sensual governs the evil. All evil is caused by one evil principle, but this evil principle is neither infinite nor eternal. It was originally good and emanated from the infinite good. By attempting to establish a unity of its own it became dark, because it deprived itself of the necessary influence of the divine light by a perverted use of its will, and became the cause of sensuality to which its influence is limited. By this principle and its continuous antagonistic action (contraction), the intellectual world becomes purified and the great work of regeneration accomplished. Its power never affects the pillars of creation, and its whole activity consists in combating the pure agents of the divine light inside the orbit of sensuality, like a heavy mist, which impedes the rays of the sun without preventing the projection of his rays.
Extension of the supremacy of the infinite, and concentration in unity is the object and aim of all divine, spiritual and physical action. Divinty manifests its perfection to individual beings to withdraw them from death, by infusing them with life, and all individuals manifest their tendency to unity in the same manner, by exercising their own powers for the good of other beings exterior to themselves, and thereby assisting in the great work of regeneration.

Everything in Nature has a certain /Number, Measure, and Weight/. Number appoints activity, Measure determines the same and Weight gives it the impulse for realisation. According to these are constituted the unchangeable and characteristic marks of distinction of individual existences with their appropriate organs. The realm of the Intellectual contains not only the original types of everything sensuous, but there is also contained in it (and in it only) the pure, unmixed and unchangeable truth, such as can be comprehended by the reason of man. As the visible and invisible are intimately connected, therefore truth and error in the intellectual plane are necessarily combined with truth and error in the realm of objectivity.
There is no actual procreation in the realm of the intellectual, no fathers and mothers, which can only be found in the region of the sensuous, and for this reason the physical parent cannot be the father of the intellectual germ of his children. In the intellectual sphere the Above always verifies and attracts the Below y so that every one receives each of his good thoughts and aspirations every day directly from the primitive fountain of truth ; but in the realm of the physical the opposite law holds good. The earth like Saturn of ancient mythology eats her own children.
There is no other sensuous world than the visible one. Visibility, the periphery of evil, came into existence through the sensualisation of the invisible universe by the action of certain germinal principles. This invisible world, which is still hidden in the visible one, could be discovered by man if he were able to draw the veil from visibility and to examine the same. The phenomenon of sensuosity is not based upon a certain basic substance, but upon certain primal elements, which are immediately connected with the higher powers; of creation, or upon an invisible and original /fire/, from which are evolved the three /visible elements of Fire/ /Water and Earth/ ; but which cannot be derived from one single material essence or be reduced to the same ; because the qualities by which they are distinguished from each other are essentially different. Fire belongs especially to the animal, water to the vegetable and and earth to the mineral kingdom. There can be only three elements. If there were four, the visible world could not perish ; because- its perishableness is based upon this tertiary of sensuosity. Air does not belong to the material elements, but is a more potent and powerful organ of the originally active fire and its function is to transmit the vital forces to the bodies. From the union and combination of those three elements result /bodies/. The real "/corporification/" however requires certain means for sensualization, in which consists the link between principles and action, and they are called by the alchemists Mercur, Sulfur and Salt. They are in exact proportion with the three elements and are the vehicles of their principles, and according to the preponderance of one or another element in the process of corporification is it determined, whether the resultant body will belong to one kingdom or to another.

There are consequently three things necessary for the process of creation or reproduction in the realm of sensuosity.
1. The united activity of the principles, of which one acts from the interior to the exterior and another from the exterior to the interior. These active and reactive impulses must meet together, if something ought to come into existence, and they give us a necessary and universal law for the whole creation ; because in the realm of /Intellectuality/ as well as Sensuosity, there is everywhere the same antiphony to be found.
2 The action of an active as well as /thinking cause/ which governs the above double action. This is to our reason the true " Principium reale, and the laws of sensuosity are the results of this action, and without a consideration of these laws it is impossible to form a clear conception of Nature. This principle of Intelligence does not furnish the germs of the bodies, but vivifies the same ; it does not invest man with physical or intellectual powers, but governs and illuminates the same ; and whenever this principle ceases to act, dissolution beings. This active and intelligent cause can be known and is realized by everyone who has sufficient purity to perceive the same.
All the changes in the visible universe are determined by the actions and counteractions of its four cardinal points, and the contentions of the elementary principle are directed by the active and intelligent cause which is its centre and circumference.

*III.— Man*

 
mardi 2 mars 2010
  saint-martin's teaching
*The following is an attempt to extract the substance of St. Martin's
teachings in a compact form.*

I. — DEITY.
All that our Theosophists teach, in regard to the fountain of all being, is based upon the conception of the divine unity of the sacred " Three." The highest being, considered as a unity, is the eternal and continuous spring and source of all thinking and immaterial principles, the root of all universal numbers, the first and only cause, the centre from which all life and the powers of all beings continually emanate and to which they return.

The Trinity are not one in Three, but Three in One ; containing in itself Action and Reaction, Christ — which means the divine principle of Wisdom and a pure substance, flowing from God to Man and called in the holy writ the Spirit of God, or the Holy Ghost.
The infinite sum of divine powers and qualities is based upon a number, for which man has no quotient, their expressions are the book of visible and invisible nature. Two of these necessary qualities are Goodness and Freedom. According to the first one he cannot be the cause of the existence of the Bad, and according to the latter it is its own Law, and consequently its own freedom differs entirely from that of the creatures.
The divine action is not creation out of nothing ; but an indivisible and continuous Emanation or Eradiation out of itself. Each of these emanations is indestructible, because the Deity emanates only principles and not compounds. All principles emanate from the same source either direct or indirect.
The direct emanations are the thinking, the indirect, the unthinking ones.
The whole activity of the Deity consists in revealing its attributes, which are infinite, like numbers or powers. Independent of time it reveals itself by those who dwell in it ; dependent on time by those who, although emanating from it, are not itself.

*II. — THE UNIVERSE. *
The whole system of our Theosophists is based upon a threefold division ; /The Divine, the Intellectual, and the Sensuous/. They speak of three squares of equal signification. The /divine square/, the seat of divinity, the /intellectual square/] encompassing the various orders of spirits, and the /sensual square/, containing all that belongs to the visible world.

/I. The living chain of Beings which form the Universe, and their inter-relations./
From the source of all life to the smallest germ of matter exists an uninterrupted progression, a radiation of primitive light, a chain of potencies, which flow from unity, the basic root of all numbers.
Beings are generally divided into /thinking/ and /non-thinking/ beings. The first ones are either only intellectual, that is pure spirits, or also of an animal nature, which means, they are conscious of life and activity, or they may be only active like the principles cf sensuality.
1st. Thinking beings are the first and second potentiality of the all-creating universal terminus and possess a common affinity ; because thought can only be common to one class of beings, and the whole realm of the Intellectual consists, like the prophetic rainbow around the throne of God, of so many radiations and reflections cf the divine light
They are divided into three classes : —
A. /Divine Beings/, of which man in his primitive condition was one, Their activity suffers no suspension, they are above the laws of time.
B. /Pure Spirits/ without a grossly material covering — formerly, man's servants, now bis superiors and benefectors. They govern man by their pure influences, and they suffer suspensions, being subject to the laws of time. They are the second class of being and it is the highest aim of earthly man to become one like them (Dhyan Chobans ?) It is difficult for them to approach man, but man can find them at every step he makes in his upward progression.
C. /Mixed Beings/. Besides man, who is the last link in the chain of intellectual beings, there are still other beings, who have a double nature, an intellectual and a sensual one and who, more than pure spirits, are adapted to approach man in his state of degradation (Elementals ?) The author does not consider it advisable to speak of these in detail.

2nd. /Unthinking Beings/, whose life and activity is limited to the sensual. They have no intellect, and all their actions tend only to the acquirement of material comfort and well-being. (Animals, plants and minerals.)

/II. The Constitution of these Beings. /
<#sdfootnote1anc>

to be continued?

 
lundi 22 février 2010
  conte le vieux sage
*Le vieux sage*

les personnages, GP pour grand-père, y h k pou Yoann, Hugo, Korantin


Assis au coin du poêle, grand-père commence une histoire pendant que
tous quatre tentent d'apprivoiser la flamme.


GP - il était une fois un vieux sage, si sage...

y - ça n'existe pas les vieux sages !

GP - comment ça n'existe pas les vieux sages?

Y - déjà si tu es vieux et sage, c'est que tu as encore ta maman, et si
tu as encore ta maman, c'est que tu n'es pas si vieux !

GP - là, mon petit Yoann, tu marques un point! Mais lui était sage, et
ça veut dire savant!

Y - Alors si c'est un vieux savant, c'est n'importe quoi! Encore un qui
a inventé le théorème de Pythagore, ou Newton, ou pire encore, un type
comme Pasteur qui ne voulait pas que les enfants meurent !

GP - Comment que les enfants meurent!

H - attends, nous aussi on a le droit de mourir et il vaut mieux mourir
jeune et beau que vieux et con!

GP - sauf que notre vieux sage savait découvrir et faire découvrir la
beauté intérieure des hommes, mon jeune Hugo!

K - La beauté, il avait déjà du boulot, mais la beauté intérieure, il
avait été boucher ton vieux sage!

GP - Et voilà que Korantin s'y met! Vous savez les contes, c'est fait
pour être écoutés!

y. - nous on écoute, et on participe

h. - participe passé avec les vieux

k. - et participe présent avec nous, les histoires de grand-père faut
qu'elles bougent, sinon c'est ceux qui écoutent qui bougent!


G.P. - mais vous êtes vraiment une génération de sauvages, vous ne
respectez rien !


h. - toi, non plus tu ne respectais rien, et d'abord tu n'avais pas 14
ans que tu roulais en moto, on a vu la photo et sans le casque !

k. - ouais, mon grand-père est un hors-la-loi!

y. - là, maman va être agacée et ça va gronder !

G.P. - alors, si vous n'avez pas peur que le hors-la-loi soit plus
rapide qu'une baffe de vos mères, essayez d'écouter mon histoire.

h. - d'abord comment on devient un vieux sage, ça ne va pas ensemble, et
si ça va ensemble pourquoi on ne parle pas des jeunes sages!

G.P. - Sauf que si vous aviez écouté, vous auriez su que mon vieux sage
avait un jeune sage pour fils!

y. - Quel âge avait-il le jeune fils ?

k. - quand on est sage, est-ce qu'on est assez bête pour faire des fils ?

G.P. - Hugo, sur ce coup là, tu te tais?

h. - j'attends les réponses, sinon il va y avoir tellement de questions
sans réponse, que tu ne te souviendras plus de la fin de l'histoire, tu
sais bien que « t'as la mémoire qui flanche, tu't' souviens plus très
bien, si c'est un jeune, si c'est un vieux... ti la la la la... »

G.P. - d'accord, le jeune sage avait 20 ans!

y. - c'est bien ce que je pensais, c'est un vieux ton sage, c'est un
vieux sage avec un vieux sage! J'ai 10 ans, et à 20 ans on est vieux!

h. - et même qu'on s'intéresse aux filles, alors pour être, en plus, sage!

k. - tu n'as pas répondu à ma question

G.P. - quelle question

k. h. y. - il s' souvient plus très bien, il a la mémoire qui flanche,

h. K. - et il sait plus comment on fait des fils !

G.P. - On fait des fils, pour avoir des petits-fils qui veulent pourrir
la vie de leur grand-père mais pour pourrir la vie de votre grand-père,
les femmes y arrivent bien, et ... mais ceci est une autre histoire.

h. - dis grand-père, c'est vrai que pour rester zen tu cries sur
grand-mère...

k. - chut, ça tu dis pas, c'est un secret de famille, si tous les
grands-pères crient sur toutes les grands-mères pour garder leur calme,
il y a des grands-mères qui vont savoir que c'est juste pour garder le
calme, être zen, se détendre, du coup, elles vont savoir que grand-père
n'est pas en colère, mais qu'il fait semblant pour dire d'avoir la paix !


De grand-père à grands-pères, si vous avez un truc pour que l'histoire
puisse être continuée, moi, j'abandonne. Là, c'est trois là que j'adore
m'ont réduit à quia.


Yoann - à quia ?

GP - Au silence !

Korantin - t'occupe! un truc de vieux ! il parle à des vieux !

 
dimanche 14 février 2010
  abano heptameron
1

Heptameron:

or,

Magical Elements

of

Peter de Abano, philosopher

In the former book, which is the fourth book of /Agrippa/, it is
sufficiently spoken concerning

Magical Ceremonies, and Initiations.

But because he seemeth to have written to the learned, and
well-experienced in this art;

because he doth not specially treat of the Ceremonies, but rather
speaketh of them in general,

it was therefore thought good to adde hereunto the Magical Elements of
/P//eter de/

/A//bano: /that those who are hitherto ignorant, and have not tasted of
Magical Superstitions,

may have them in readiness, how they may exercise themselves therein.
For we see

in this book, as it were a certain introduction of Magical vanity; and,
as if they were in

present exercise, they may behold the distinct functions of spirits, how
they may be drawn

to discourse and communication; what is to be done every day, and every
hour; and how

they shall be read, as if they were described sillable by sillable.

In brief, in this book are kept the principles of Magical conveyances.
But because the

greatest power is attributed to the Circles; (For they are certain
fortresses to defend the

operators safe from the evil Spirits;) In the first place we will treat
concerning the composition

of a Circle.

/O//f the //C//ircle, and the //C//omposition //T//hereof./

The form of Circles is not alwaies one and the same; but useth to be
changed, according

to the order of the Spirits that are to be called, their places, times,
daies and hours. For

in making a Circle, it ought to be considered in what time of the year,
what day, and what

hour, that you make the Circle; what Spirits you would call, to what
Star and Region they

do belong, and what functions they have. Therefore let there be made
three Circles of the

latitude of nine foot, and let them be distant one from another a hands
breadth; and in the

middle Circle, first, write the name of the hour wherein you do the
work. In the second

place, Write the name of the Angel of the hour. In the third place, The
Sigil of the Angel

of the hour. Fourthly, The name of the Angel that ruleth that day
wherein you do the

work, and the names of his ministers. In the fifth place, The name of
the present time.

Sixthly, The name of the Spirits ruling in that part of time, and their
Presidents. Seventhly,

The name of the head of the Signe ruling in that part of time wherein
you work.

Eighthly, The name of the earth, according to that part of time wherein
you work. Ninthly,

and for the compleating of the middle Circle, Write the name of the Sun
and of the

Moon, according to the said rule of time; for as the time is changed, so
the names are to be

altered. And in the outermost Circle, let there be drawn in the four
Angles, the names of

the presidential Angels of the Air, that day wherein you would do this
work; to wit, the

name of the King and his three Ministers. Without the Circle, in four
Angles, let /Pen/Heptameron

2

/tagones /be made. In the inner Circle let there be written four divine
names with crosses

interposed in the middle of the Circle; to wit, towards the East let
there be written /Alpha/,

and towards the West let there be written /Omega; /and let a cross
divide the middle of the

Circle. When the Circle is thus finished, according to the rule now
before written, you

shall proceed.

/O//f the //N//ames of the //H//ours, and the //A//ngels ruling them./

It is also to be known, that the Angels do rule the hours in a
successive order, according

to the course of the heavens, and Planets unto which they are subject;
so that that Spirit

which governeth the day, ruleth also the first hour of the day; the
second from this governeth

the second hour; the third; the third hour, and so consequentkly: and
when seven

Planets and hours have made their revolution, it returneth again to the
first which ruleth

the day. Therefore we shall first speak of the names of the hours.

Of the names of the Angels and their Sigils, it shall be spoken in their
proper places.

Now let us take a view of the names of the times. A year therefore is
fourfold, and is

divided into the Spring, Summer, Harvest and Winter; the names whereof
are these.

Hours of the day. Hours of the night.

1. /Yayn/. 1. /Beron/.

2. /Janor/. 2. /Barol/.

3. /Nasnia/. 3. /Thanu/.

4. /Salla/. 4. /Athir/.

5. /Sadedali/. 5. /Mathon/.

6. /Thamur/. 6. /Rana/.

7. /Ourer/. 7. /Netos/.

8. /Thamic/. 8. /Tafrac/.

9. /Neron/. 9. /Sassur/.

10. /Jayon/. 10. /Aglo/.

11. /Abai/. 11. /Calerna/.

12. /Natalon/. 12. /Salam/.

The Spring. /Talvi./

The Summer. /Casmaran./

Autumne. /Ardarael/.

Winter. /Farlas./

Heptameron

3

the angels of the spring.

/Caratasa./

/Core./

/Amatiel./

/Commissoros./

the head of the signe of the spring.

/Spugliguel./

the name of the earth in the spring.

/Amadai./

the names of the sun and moon in the spring.

the angels of the summer.

/Gargatel./

/Tariel./

/Gaviel./

the head of the signe of the summer.

/Tubiel./

the name of the earth in summer.

/Festativi./

the names of the sun and moon in summer.

the angels of autumne.

/Tarquam./

/Guabarel./

the head of the signe of autumne.

/Tarquaret./

the name of the earth in autumne.

/Rabianara./

The Sun. The Moon.

/Abraym. Agusita./

The Sun. The Moon.

/Athemay. Armatus./

Heptameron

4

the names of the sun and moon in autumne.

the angels of winter.

/Amabael./

/Ctarari./

the head of the signe of winter.

/Altarib./

the name of the earth in winter.

/Geremiah./

the names of the sun and moon in winter.

/The Consecrations and Benedi//ct//ions: and first of the Benedi//ct//ion/

/of the Circle./

When the Circle is ritely perfected, sprinkle the same with holy or
purging water, and

say, /Thou shalt purge me with hysop, (O Lord,) and I shall be clean:
Thou shalt wash me, and I/

/shall be whiter then snow./

/The Benedi//ct//ion of perfumes./

T/he God of Abraham, God of Isaac, God of Jacob, bless here the
creatures of these kindes, that/

/they may fill up the power and vertue of their odours; so that neither
the enemy, nor any false/

/imagination, may be able to enter into them: through our Lord Jesus
Christ, /&c. Then let them

be sprinkled with holy water.

/The Exorcisme of the fire upon which the perfumes are to be put./

The fire which is to be used for suffumigations, is to be in a new
vessel of earth or iron;

and let it be exorcised after this manner. /I exorcise thee, O thou
creature of fire, by him by/

/whom all things are made, that forthwith thou cast away every phantasme
from thee, that it shall/

/not be able to do any hurt in any thing. /Then say, /Bless, O Lord,
this creature of fire, and san//ct//ifie/

/it, that it may be blessed to set forth the praise of thy holy name,
that no hurt may come to the/

/Exorcisers or Spe//ct//ators: through our Lord Jesus Christ, /&c.

The Sun. The Moon.

/Abragini. Matasignais./

The Sun. The Moon.

/Commutaff. /Affaterim.

Heptameron

5

/Of the Garment and Pentacle./

Let it be a Priests Garment, if it can be had, let it be of linen, and
clean. Then take this

Pentacle made in the day and hour of /Mercury/, the Moon increasing,
written in parchment

made of a kids skin. But first let there be said over it the Mass of the
holy Ghost, and let it

be sprinkled with water of baptism.

/An Oration to be said, when the Vesture is put on./

A/ncor, Amacor, Amides, Theodonias, Anitor, by the merits of thy Angel,
O Lord, I will put on/

/the Garments of Salvation, that this which I desire I may bring to
effe//ct//: through thee the most/

/holy Adonay, whose kingdom endureth for ever and ever. Amen./

/Of the manner of working./

Let the /Moon /be increasing and equal, if it may then be done, and let
her not be combust.

The Operator ought to be clean and purified by the space of nine daies
before the

beginning of the work, and to be confessed, and receive the holy
Communion. Let him

have ready the perfume appropriated to the day wherein he would perform
the work. He

ought also to have holy water from a Priest, and a new earthen vessel
with fire, a Vesture

and a Pentacle; and let all these things be rightly and duly consecrated
and prepared. Let

one of the servants carry the earthen vessel full of fire, and the
perfumes, and let another

bear the book, another the Garment and Pentacle, and let the master
carry the Sword;

Heptameron

6

over which there must be said one mass of the Holy Ghost; and on the
middle of the

Sword, let there be written this name /Agla /+, and on the other side
thereof, this name +

/On /+. And as he goeth to the consecrated place, let him continually
read Letanies, the servants

answering. And when he cometh to the place where he will erect the
Circle, let him

draw the lines of the Circle, as we have before taught: and after he
hath made it, let him

sprinkle the Circle with holy water, saying, /Asperges me Domine, /&c.
[Wash me O Lord,

&c.]

The Master therefore ought to be purified with fasting, chastity, and
abstinency from

all luxury the space of three whole dayes before the day of the
operation. And on the day

that he would do the work, being clothed with pure garments, and
furnished with Pentacles,

Perfumes, and other things necessary hereunto, let him enter the Circle,
and call the

Angels from the four parts of the world, which do govern the seven
Planets the seven

dayes of the week, Colours and Metals; whose name you shall see in their
places. And with

bended knees invocating the said Angels particularly, let him say, /O
Angels supradi//ct//i, estote/

/adjutores meæ petitioni, & in adjutorium mihi, in meis rebus &
petitionibus./

Then let him call the Angels from the four parts of the world, that ruke
the Air the

same day wherein he doth the work or experiment. And having implored
specially all the

Names and Spirits written in the Circle, let him say, /O vos omnes,
adjuro atque contestor per/

/sedem Adonay, per Hagios, ò Theos, Ischyros, Athanatos, Paracletos,
Alpha & Omega, & per hæc/

/tria nomina secreta, Agla, On, Tetragrammaton, quòd hodie debeatis
adimplere quod cupio./

These things being performed, let him read the Conjuration assigned for
the day

wherein he maketh the experiments, as we have before spoken; but if they
shall be partinacious

and refractory, and will not yield themselves obedient, neither to the
Conjuration

assigned to the day, nor to the prayers before made, then use the
Conjurations and Exorcismes

following.

/An Exorcisme of the Spirits of the Air./

N/os fa//ct//i ad imaginem Dei, & ejus fa//ct//i voluntate, per
potentissimum & corroboratum/

/nomen Dei El, forte & admirabile vos exorcizamus /(here he shall name
the Spirits he would

have appear, of what order soever they be) /& imperamus per eum qui
dixit, & fa//ct//um est, &/

/per omnia nomina Dei, & per nomen Adonay, El, Elohim, Elohe, Zebaoth,
Elion, Escerchie,/

/Jah, Tetragrammaton, Sadai, Dominus Deus, excelsus, exorcizamus vos,
atque potenter imperamus,/

/ut appareatis statim nobis hic juxta Circulum in pulchra forma,
videlicet humana, & sine/

/deformitate & tortuositate aliqua. Venite vos omnes tales, quia vobis
imperamus, per nomen Y &/

/V quod Adam audivit, & locutus est: & per nomen Dei Agla, quod Loth
audivit, & fa//ct//us salvus/

/cum sua familia: & per nomen Joth, quod Jacob audivit ab Angelo secum
lu//ct//antes, & liberatus/

/est de manu fratris sui Esau: /and by the name /Anephexeton, quot Aaron
audivit, & loquens, &/

/sapiens fa//ct//us est: & per nomen Zebaoth, quod Moses nominavit, &
omnia flumina & paludes/

/de terra Ægypti, versæ fuerunt in sanguinem: & per nomen Ecerchie
Oriston, quod Moses nominavit,/

/& omnes flu vis ebullierunt ranas, & ascenderunt in domos Ægyptiorum,
omnia/

/destruentes: & per nomen Elion, quod Moses nominavit, & fuit grando
talis, qualis non fuit ab/

/initio mundi: & per nomen Adonay, quod Moses nominavit, & fuerunt
locusta, & apparuerunt/

/super terram Ægyptiorum, & comederunt quæ residua erant grandint: & per
nomen Schemes/

/amathia, quod Joshua vocavit, & remoratus est Sol cursum: & per nomen
Alpha & Omega, quod/

/Daniel nominavit, & destruxit Beel, & Draconem interferit: & in nomine
Emmanuel, quod/

/tres pueri, Sidrach, Misach & Abednago, in camino ignis ardentis,
cantaverunt, & liberati/

Heptameron

7

/fuerunt: & per nomen Hagios, & sedem Adonay, & per ò Theos, Iscytos,
Athanatos, Paracletus;/

/& per hæc tria secreta nomina, Agla, On, Tetragrammaton, adjuro,
contestor, & per hæc nomina,/

/& per alia nomina Domini nostri Dei Omnipotentis, vivi & veri, vos qui
vestra culpa de Coelis/

/eje//ct//i fuistis usque ad infernum locum, exorcizamus, & viriliter
imperamus, per eum qui dixit, &/

/fa//ct//um est, cui omnes obediunt creaturæ, & per illud tremendum Dei
judicium: & per mare/

/omnibus incertum, vitreum, quod est amte conspe//ct//um divinæ
majestatis gradiens, & potestiale:/

/& per quatuor divina animalia T. aniè sedem divinæ majesta is
gradientia, & oculos antè &/

/retrò habentia: & per ignem ante ejus thronum circumstantem: & per
san//ct//os Angelos Cælorum,/

/T. & per eam quæ Ecclesia Dei nominatur: & per summam sapientiam
Omnipotentis Dei viriliter/

/exorcizamus, ut nobis hic ante Circulum appareatis, ut faciendam
nostram voluntatem, in/

/omnibus prout placuerit nobis: per sedem Baldachiæ, & per hoc nomen
Primeumaton, quod/

/Moses nominavit, & in cavernis abyssi fuerunt profundati vel absorpti,
Datan, Corah &/

/Abiron: & in virtute istius nominis Primeumaton, tota Coeli militia
compellente, maledicimus/

/vos, privamus vos omni officio, loco & gaudio vestro, esque in
profundum abyssi, & usque ad/

/ultimum diem judicii vos ponimus, & relegamus in ignem æternum, & in
stagnum ignis & sulphuris,/

/nisi statim appareatis hic coram nobis, inte Circulum, ad faciendum
voluntatem nostram./

/In omnibus venite per hæc nomina, Adonay Zebaoth, Adonay, Amioram.
Venite, venite, imperat/

/vobis Adonay, Saday, Rex regum potentissimus & tremendissimus, cujus
vires nulla subterfugere/

/potest creatura vobis pertinacissimis futuris nisi obedieritis, &
appareatis ante hunc Circulum,/

/affabiles subito, tandem ruina flebilis miserabilisque, & ignis
perpetuum inextinguibilis vos/

/manet. Venite ergo in nomine Adonay Zebaoth, Adonay Amioram: venite,
venite, quid tardatis?/

/festinate imperat vobis Adonay, Saday, Rex regum, El, Aty, Titeip,
Azia, Hyn, Jen, Minosel,/

/Achadan: Vay, Vaa, Ey, Haa, Eye, Exe, à, El, El, El, à, Hy, Hau, Hau,
Hau, Va, Va, Va, Va./

/A Prayer to God, to be said in the four parts of the world, in the/

/Circle./

A /Morule, Taneha, Latisten, Rabur, Taneha, Latisten. Escha, Aladia,
Alpha & Omega,/

/Leyste, Oriston, Adonay: O my most merciful heavenly Father, have mercy
upon me, although a/

/sinner; make appear the arm of thy power in me this day (although thy
unworthy child) against/

/these obstinate and pernicious Spirits, that I by thy will may be made
a contemplator of thy/

/divine works, and may be illustrated with all wisdom, and alwaies
worship and glorifie thy/

/name. I humbly implore and beseech thee, that these Spirits which I
call by thy judgement, may be/

/bound and constrained to come, and give true and perfe//ct //answers to
those things which I shall/

/ask them, and that they may declare and shew unto us those things which
by me or us shall be/

/commanded them, not hurting any creature, neither injuring nor
terrifying me or my fellows, nor/

/hurting any other creature, and affrighting no man; but let them be
obedient to my requests, in all/

/these things which I command them. /Then let him stand in the middle of
the Circle, and

hold his hand towards the Pentacle, and say, /Per Pentaculum Salomonis
advocavi, dent mihi/

/responsum verum./

Then let him say, /Beralanensis, Baldachiensis, Paumachiæ & Apologiæ
sedes, per Reges/

/potestaiesiá magnanimas, ac principes præpotentes, genio Liachidæ,
ministri tartareæ sedes: Primac,/

/hic princeps sedis Apologiæ nona cohorte: Ego vos invoco, & invocando
vos conjure, atque/

/supernæ Majestatis munitus virtute, potenter impero, per eum qui dixit,
& fa//ct//um est, & cui/

/obediunt omnes creaturæ: & per hoc nomen ineffabile, Tetragrammaton
/xnxv /Jehovah, in quo est/

/plasmatum omne seculum, quo audito elementa corruunt, aër concutitur,
mare retrograditur,/

Heptameron

8

/ignis extinguitur, tera tremit, omnesque exercitus Coelestium,
Terrestrium, & Infernorum tremunt,/

/turbantur & corruunt: quatenus citò & sine mora & omni occasione
remota, ab universis/

/mundi partibus veniatis, & rationabiliter de omnibus quæcunque
interrogavero, respondeatis/

/vos, & veniatis pacifice, visibiles, & affabiles: nunc & sine mora
manifestantes quod cupimus:/

/conjurati per nomen æterni vivi & veri Dei Helioren, & mandata nostra
per ficientes, persistentes/

/semper usque ad finem, & intentionem meam, visibiles nobis, &
affabiles, clara voce nobis,/

/intelligibile, & sine omni ambiguitate./

/Visions and Apparitions./

Q/uibus ritè pera//ct//is, apparebunt infinitæ visiones, & phantasmata
pulsantia organa &/

/omnis generis instrumenta musica, idque sit à spiritibus, ut terrore
compulsi socii abeant à Circulo,/

/quia nihil adversus migistrum possunt. Post hæc videbis infinitos
sagittarios cum infinita/

/multitudine bestiarum horribilem: quæ ita se componunt, ac si vellent
devorare socios: & tamen/

/nil timeant. Tunc Sacerdos sive Magister, adhibent manum Pentaculo,
dicat: Fugiat hinc iniquitas/

/vestra, virtute vexilli Dei./

/Et tunc Spiritus obedire migistro coguntur, & socii nil amilius videbunt./

Then let the Exorcist say, stretching out his hand to the Pentacle,
/Ecce Pentaculum/

/Salomonis, quod ante vestram adduxi præsentiam: ecce personam
exorcizatoris on medio Exorcismi,/

/qui est optimà à Deo munitus, intrepidus, providus, qui viribus potens
vos exorcizando/

/invocavit & vocat. Venite ergo cum festinotione in virtute nominum
istorum, Aye, Saraye, Aye,/

/Saraye, Aye Saraye, ne differatis venire, per nomina æterna Dei vivi &
veri Eloy, Archima,/

/Rabur: & per hoc præsens Pentaculum, quod super vos potenter imperat: &
per virutem coelestium/

/Spirituum dominorum vestrorum: & per personam exorcizatoris, conjurati,
festinati venire/

/& obedire præceptori vestro, qui vocatur O//ct//inomos.
Hispera//ct//is, sibiles in quatuor angulis/

/mundi. Et videbis immediate magnos motus: & cum videris, dicas: Quid
tardatis? quid/

/moramini? quid fa//ct//is? præparate vos & obedite præceptori vesto, in
nomine Domini Bathat, vel/

/Vachat super Abrac ruens, super veniens, Abeor super Aberer./

/Tunc immediatè venient in sua forma propria. Et quando videbis eos
juxta Circulum, ostende/

/illis Pentaculum coopertum syndone sacro, & discooperiatur, & dicat:
Ecce conclusionem vestram,/

/nolite fieri inobedientes. Et subito videbis eos in pacifica forma: &
dicent tibi, Pete quid vis, quia/

/nos sumus parati complere omnia mandata tua, quia dominus ad hæc nos
subjugavit. Cum autem/

/apparuerint Spiritus, tunc dicas, Bene veneritis Spiritus, vel reges
nobilissimi, quia vos vocavi/

/per illum cui omne genufle//ct//itur, coelestium, terrestrium &
infernorum: cujus in manu omnia/

/regna regum sunt, nec est qui suæ contrarius esse possit Majestati.
Quatenus constringo vos, ut hic/

/ante circulum visibes, affabiles permanetis, tamdiu tamque constantes,
nec sint licentia mea recedatis,/

/donec meam sine fallacia aliqua & veredicè perficiatis voluntatem, per
potentiæ illius virtutem,/

/qui mare posuit terminum suum, quem præterire non potest, & lege illius
potentiæ, non/

/periransit fines suos, Dei scilicet altissimi, regis, domini, qui
cun//ct//a creavit, Amen./

Then command what you will, and it shall be done. Afterwards license
them thus:

/+ In nomine Patris, + Filii, & + Spiritus san//ct//i, ite in pace ad
loca vestra: & pax sit inter nos/

/& vos, parati sitis venire vocati./

These are the things which /Peter de Abano /hath spoken concerning
Magical Elements.

But that you may the better know the manner of composing a Circle, I
will set down

one Scheme; so that if any one would make a Circle in Spring-time for
the first hour of

Lords day, it must be in the same manner as is the figure following.

Heptameron

9

/The figure of a Circle for the first hour of the Lords day, in/

/Spring-time./

It remaineth now, That we explain the week, the several dayes thereof:
and first of the

Lords day.

Heptameron

10

/Considerations of the Lords day/

The Angel of the Lords day, his Sigil, Planet, the Signe of the Planet,
and the name of

the fourth heaven.

the angels of the lords day.

/Michael, Dardiel, Huratapal./

the angels of the air ruling on the lords day.

/Varcan, /King.

his ministers.

/Tus, Andas, Cynabal./

the winde which the angels of the air abovesaid are under.

/The North-winde./

the angel of the fourth heaven, ruling on the lords day, which ought

to be called from the four parts of the world.

at the east.

/Samael. Baciel. Atel. Gabriel. Vionairaba./

at the west.

/Anael. Pabel. Ustael. Burchat. Suceratos. Capabili./

at the north.

/Aiel. Aniel, /vel /Aquiel. Masgabriel. Sapiel. Matuyel./

at the south.

/Haludiel. Machasiel. Charsiel. Uriel. Naromiel./

the perfume of the lords day.

/Red Wheat./

/The Conjuration of the Lords day./

C/onjuro & confirmo super vos Angeli fortes Dei, & san//ct//i, in nomine
Adonay, Eye, Eye, Eye,/

/qui est ille, qui fuit, est & erit, Eye, Abraye: & in nomine Saday,
Cados, Cados, Cados, alie sendentis/

/super Cherubin, & per nomen magnum ipsius Dei fortis & potentis,
exaltatique super/

Heptameron

11

/omnes coelos, Eye, Saraye, plasmatoris seculorum, qui creavit mundum,
coelum, terram, mare, &/

/omnia quæ in eis sunt in primo die, & sigillavit ea san//ct//o nomine
suo Phaa: & per nomina san//ct//orum/

/Angelorum, qui dominantur in quarto exercitu, & serviunt coram
potentissimo Salamia,/

/Angelo magno & honorato: & per nomen stellæ, quæ est Sol, & per signum,
& per immensum/

/nomen Dei vivi, & per nomina omnia prædi//ct//a, conjuro te Michael
angele magne, qui es præpositus/

/Diei Dominicæ: & per nomen Adona, Dei Israel, qui creavit mundum &
quicquid in eo/

/est, quod pro melabores, & ad moleas omnem meam petitionem, juxta meum
velle & votum/

/meum, in negotio & causa mea. /And here thou shalt declare thy cause
and business, and for

what thing thou makest this Conjuration.

The Spirits of the Air of the Lords day, are under the North-winde;
their nature is to

procure Gold, Gemmes, Carbuncles, Riches; to cause one to obtain favour
and benevolence;

to dissolve the enmities of men; to raise men to honors; to carry or
take away infirmities.

But in what manner they appear, it's spoken already in the former book
of Magical

Ceremonies.

/Considerations of Monday./

The Angel of Munday, his Sigil, Planet, the Signe of the Planet, and
name of the first

heaven.

the angels of munday.

/Gabriel, Michael, Samael./

the angels of the air ruling on munday.

/Arcan, /King.

his ministers.

/Bilet, Missabu, Abuzaha./

the winde which the said angels of the air are subject to.

/The West-winde./

the angels of the first heaven, ruling on munday, which ought to be

called from the four parts of the world.

from the east.

/Gabriel. Gabrael. Madiel. Deamiel. Janael./

from the west.

/Sachiel. Zaniel. Habaiel. Bachanael. Corabael./

Heptameron

12

from the north.

/Mael. Vuael. Valnum. Baliel. Balay. Humastrau./

from the south.

/Curaniel. Dabriel. Darquiel. Hanun. Anayl. Vetuel./

the perfume of munday.

/Aloes./

/The Conjuration of Munday./

C/onjuro & confirmo super vos Angeli fortes & boni, in nomine Adonay,
Adonay, Adonay, Eie,/

/Eie, Eie, Cados, Cados, Cados, Achim, Achim, Ja, Ja, Fortis, Ja, qui
apparuis monte Sinai, cum/

/glorificatione regis Adonay, Saday, Zebaoth, Anathay, Ya, Ya, Ya,
Marinata, Abim, Jeia, qui/

/maria creavit stagna & omnes aquas in secundo die, quasdam super
coelos, & quosdam in terra./

/Sigillavit mare in alio nomine suo, & terminum, quam sibi posuit, non
præter b t: & per nomina/

/Angelorum, qui dominantur in primo exercitu, qui serviunt Orphaniel
Angelo magno, precioso/

/& honorato: & per nomen Stellæ, quæ est Luna: & per nomina
prædi//ct//a, super te conjuro, scilicet/

/Gabriel, qui es præpositus diei. Lunæ secundo quòd pro me labores &
adimpleas, /&c. As in the

Conjuration of Sunday.

The Spirits of the Air of Munday, are subject to the West-winde, which
is the winde of

the Moon: their nature is to give silver; to convey things from place to
place; to make

horses swift, and to disclose the secrets of persons both present and
future: but in what

manner they appear, you may see in the former book.

/Considerations of Tuesday./

The Angel of Tuesday, his sigil, his Planet, the Signe governing that
Planet, and the

name of the fifth heaven.

the angels of tuesday.

/Samael. Satael. Amabiel./

the angels of the air ruling on tuesday.

/Samax, /King.

his ministers.

/Carmax, Ismoli, Paffran./

the winde to which the said angels are subject.

/The East-winde./

Heptameron

13

the angels of the fifth heaven ruling on tuesday, which ought to be

called from the four parts of the world.

at the east.

/Friagne. Guael. Damael. Calzas. Arragon./

at the west.

/Lama. Astagna. Lobquin. Soncas. Jazel. Isiael. Irel./

at the north.

/Rahumel. Hyniel. Rayel. Seraphiel. Mathiel. Fraciel./

at the south.

/Sacriel. Janiel. Galdel. Osael. Vianuel. Zaliel./

the perfume of tuesday.

/Pepper./

/The Conjuration of Tuesday./

C/onjuro & confirmo super vos, Angeli fortes & san//ct//i, per nomen Ya,
Ya, Ya, He, He, He, Va,/

/Hy, Hy, Ha, Ha, Ha, Va, Va, Va, An, An, An, Aie, Aie, Aie, El, Ay,
Elibra, Eloim, Eloim: &/

/per nomina ipsius alti Dei, qui secit aquam aridam apparere, & vocavit
terram, & produxit/

/arbores, & herbas de ea, & sigillavit super eam cum precioso, honorato,
metuendo & san//ct//o nomine/

/suo: & per nomen angelorum dominantium in quinto exercitu, qui serviunt
Acimoy Angelo/

/magno, forti, potenti, & honorato: & per nomen Stellæ, quæ est Mars: &
per nomina prædi//ct//a/

/conjuro super te Samael, Angele magne, qui præpositus es diei Martis: &
per nomina Adonay,/

/Dei vivi & veri, quod pro me labores, & adimpleas, /&c. As in the
Conjuration of Sunday.

The Spirits of the Air of Tuesday are under the East-winde: their nature
is to cause

wars, mortality, death and combustions; and to give two thousand
Souldiers at a time; to

bring death, infirmities or health. The manner of their appearing you
may see in the

former book.

/Considerations of Wednesday./

The Angel of Wednesday, his Sigil, Planet, the Signe governing that
Planet, and the name

of the second heaven.

the angels of wednesday.

/Raphael. Miel. Seraphiel./

Heptameron

14

the angels of the air ruling on wednesday.

/Mediat, /or /Modiat, /King.

ministers.

/Suquinos, Sallales./

the winde to which the said angels of the air are subject.

/The Southwest-winde./

the angels of the second heaven govern wednesday, which ought to be

called from the four parts of the world.

at the east.

/Mathlai. Tarmiel. Baraborat./

at the west.

/Jeresous. Mitraton./

at the north.

/Thiel. Rael. Jariahel. Venahel. Velel. Abuiori. Ucirnuel./

at the south.

/Milliel. Nelapa. Babel. Caluel. Vel. Laquel./

the fumigation of wednesday.

/Mastick./

/The Conjuration of Wednesday./

C/onjuro & confirmo vos angeli fortes, san//ct//i & potentes, in nomine
fortis, metuendissimi &/

/benedi//ct//i Ja, Adonay, Eloim, Saday, Saday, Saday, Eie, Eie, Eie,
Asamie, Asaraie: & in nomine/

/Adonay Dei Israel, qui creavit luminaria magna, ad distinguendum diem à
no//ct//e: & per nomen/

/omnium Angelorum deservientium in exercitu secundo coram Tetra Angelo
majori, atque forti &/

/potenti: & per nomen Stellæ, quæ est Mercurius: & per nomen Sigilli,
quæ sigillatur a Deo fortissimo/

/& honoratio: per omnia prædi//ct//a super te Raphael Angele magne,
conjuro, qui es præpositus/

/die: quartæ: & per nomen san//ct//um quod erat scriptum in fronte Aaron
sacerdotis altissimi/

/creatoris: & per nomina Angelorum qui in gratiam Salvatoris confirmati
sunt: & per nomen/

/sedis Animalium, habentium senas alas, quòd pro me labo, et, /&c. As in
the Conjuration of

Sunday.

The Spirits of the Air of Wednesday are subject to the South-west-winde:
their nature

is to give all Metals; to reveal all earthly things past, present and to
come; to pacifie judges,

to give victories in war, to re-edifie, and teach experiments and all
decayed Sciences, and

to change bodies mixt of Elements conditionally out of one into another;
to give infirmities

or health; to raise the poor, and cast down the high ones; to binde or
lose Spirits; to

open locks or bolts: such-kinde of Spirits have the operation of others,
but not in their

perfect power, but in virtue or knowledge. The what manner they appear,
it is before spoken.

Heptameron

15

/Considerations of Thursday./

The Angel of Thursday, his Sigil, Planet, the Signe of the Planet, and
the name of the

sixth heaven.

the angels of thursday.

/Sachiel. Castiel. Asasiel./

the angels of the air governing thursday.

/Suth, /Rex.

ministers.

/Maguth, Gutrix./

the winde which the said angels of the air are under.

/The South-winde./

but because there are no angels of the air to be found above the fifth

heaven, therefore on thursday say the prayers following in the four

parts of the world.

at the east.

/O Deus magne & excelse, & honorate, per infinita secula./

at the west.

/O Deus sapiens, & clare, & juste, ac divina clementia: ego rogo te
piissime Pater, quòd meam/

/petitionem, quòd meum opus, & meum laborem hodie debeam complere, &
perfe//ct//è intelligere. Tu/

/qui vivis & regnas per infinita secula seculorum, Amen./

at the north.

/O Deus potens, fortis, & sine principio./

at the south.

/O Deus potens & Misericors./

the perfume of thursday.

/Saffron./

Heptameron

16

/The Conjuration of Thursday./

C/onjuro & confirmo super vos, Angeli san//ct//i, per nomen, Cados,
Cados, Cados, Eschereie,/

/Eschereie, Eschereie, Hatim ya, fortis firmator seculorum, Cantine,
Jaym, Janic, Anic, Calbat,/

/Sabbac, Berifay, Alnaym: & per nomen Adonay, qui creavit pisces
reptilia in aquis, & aves super/

/faciem terræ, volantes versus coelos die quinto: & per nomina Angelorum
serventium in sexto/

/exercitu coram pastore Angelo san//ct//o & magno & potenti principe: &
per nomen stellæ, quæ est/

/Jupiter: & per nomen Sigilli sui: & per nomen Adonay, summi Dei, omnium
creatoris: & per/

/nomen omnium stellarum, & per vim & virtutem earum: & per nomina
prædi//ct//a, conjuro te/

/Sachiel Angele magne, qui es præpositus dici Jovis, ut pro me labores,
/&c. As in the Conjuration

of the Lords day.

The Spirits of the Air of Thursday, are subject to the South-winde;
their nature is to

procure the love of woman; to cause men to be merry and joyful; to
pacifie strife and contentions;

to appease enemies; to heal the diseased, and to disease the whole; and
procureth

losses, or taketh them away. Their manner of appearing is spoken of already.

/Considerations of Friday./

The Angel of Friday, his Sigil, his Planet, the Signe governing that
Planet, and name of

the third heaven.

the angels of friday.

/Anael. Rachiel. Sachiel./

the angels of the air reigning on friday.

/Sarabotes, /King.

ministers.

/Amabiel. Aba. Abalidoth. Flaef./

the winde which the said angels of the air are under.

/The West-winde./

angels of the third heaven, ruling on friday, which are to be called

from the four parts of the world.

at the east.

/Setchiel. Chedusitaniel. Corat. Tamael. Tenaciel./

at the west.

/Turiel. Coniel. Babiel. Kadie. Maltiel. Huphaltiel./

Heptameron

17

at the north.

/Peniel. Pemael. Penat. Raphael. Raniel. Doremiel./

at the south.

/Porna. Sachiel. Chermiel. Samael. Santanael. Famiel./

the perfume of friday.

/Pepperwort./

/The Conjuration of Friday./

C/onjuro & confirmo super vos Angeli fortes, san//ct//i atque potentes,
in nomine On, Hey, Heya, Ja,/

/Je, Adonay, Saday, & in nomine Saday, qui creavit quadrupedia &
anamalia reptilia, & homines/

/in sexto die, & Adæ dedit potestatem super omnia animalia: unde
benedi//ct//um sit nomen creatoris/

/in loco suo: & per nomina Angelorum servientium in tertio exercitu,
coram Dagiel Angelo/

/magno, principe forti atque potenti: & per nomen Stellæ quæ est Venus:
& per Sigillum ejus, quod/

/quidem est san//ct//um: & per nomina prædi//ct//a conjuro super te
Anael, qui es præpositus diei sextæ,/

/ut pro me labores, /&c. As before in the Conjuration of Sunday.

The Spirits of the Air of Friday are subject to the West-winde; their
nature is to give

silver: to excite men, and incline them to luxury; to reconcile enemies
through luxury; and

to make marriages; to allure men to love women; to cause, or take away
infirmities; and to

do all things which have motion.

/Considerations of Saturday, or the Sabbath day./

The Angel of Saturday, his Seal, his Planet, and the Signe governing the
Planet.

the angels of saturday.

/Cassiel. Machatan. Uriel./

the angels of the air ruling on saturday.

/Maymon, /King.

ministers.

/Abumalith. Assaibi. Balidet./

the winde which the said angels of the air aforesaid are under.

/The Southwest-winde./

the fumigation of friday.

/Sulphur./

Heptameron

18

It is already declared in the Consideration of Thursday, That there are
no Angels ruling

the Air, above the fifth heaven: therefore in the four Angles of the
world, use those Orations

which you see applied to that purpose on Thursday.

/The Conjuration of Saturday./

C/onjuro & confirmo super vos Caphriel vel Cassiel, Machatori, &
Seraquiel Angeli fortes &/

/potentes: & per nomen Adonay, Adonay, Adonay, Eie, Eie, Eie, Acim,
Acim, Acin, Cados,/

/Cados, Ina vel Ima, Ima, Saclay, Ja, Sar, Domini formatoris seculorum,
qui in septimo die quie/

/vt: & per illum qui in beneplacito suo filiis Israel in hereditatem
observandum dedit, ut eum firmiter/

/custodirent, & san//ct//ificarent, ad habendem inde bonam in alio
seculo remunerationem: &/

/per nomina Angelorum servientium in exercitu septimo Pooel Angelo magno
& potenti principi:/

/& per nomen stellæ quæ est Saturnus: & per san//ct//um Sigillum ejus: &
per nomina prædi//ct//a conjuro/

/super te Caphriel, qui præpositus es diei septimæ, quæ est dies
Sabbati, quòd pro me labores,/

&c. As is set down in the Conjuration of the Lords day.

The Spirits of the Air of Saturday are subject to the Southwest-winde:
the nature of

them is to sow discordes, hatred, evil thoughts and cogitations; to give
leave freely, to slay

and kill every one, and to lame or maim every member. Their manner of
appearing is

declared in the former book.

Heptameron

19





/Tables of the Angels of the Hours, according to the course of the/

/dayes./

/SUNDAY./

/SUNDAY NIGHT/

Hours of the day. Angels of the

hours.

Hours of the day. Angels of the

hours.

1. /Yayn/. /Michael/. 7. /Ourer/. /Samael/.

2. /Janor/. /Anael/. 8. /Tanic/. /Michael/.

3. /Nasnia. Raphael/. 9. /Neron/. /Anael/.

4. /Salla/. /Gabriel/. 10. /Jayon/. /Raphael/.

5. /Sadedali/. /Cassiel/. 11. /Abay/. /Gabriel/.

6. /Thamur/. /Sachiel/. 12. /Natalon/. /Cassiel/.

Hours of the night. Angels of the hours. Hours of the night. Angels of
the hours.

1. /Beron/. /Sachiel/. 7. /Netos/. /Cassiel/.

2. /Barol/. /Samael/. 8. /Tafrac/. /Sachiel/.

3. /Thanu/. /Michael/. 9. /Saffur/. /Samael/.

4. /Athir/. /Anael/. 10. /Aglo/. /Michael/.

5. /Mathun/. /Raphael/. 11. /Calerna/. /Anael/.

6. /Rana/. /Gabriel/. 12. /Salam/. /Raphael/.

Heptameron

20

/MUNDAY./

/TUESDAY./

Hours of the day. Angels of the hours. Hours of the night. Angels of the
hours.

1. /Yayn/. /Gabriel/. 1. /Beron/. /Anael/.

2. /Janor/. /Cassiel/. 2. /Barol/. /Raphael/.

3. /Nasnia/. /Sachiel/. 3. /Thanu/. /Gabriel/.

4. /Salla/. /Samael/. 4. /Athir/. /Cassiel/.

5. /Sadedali/. /Michael/. 5. /Mathon/. /Sachiel/.

6. /Thamur/. /Anael/. 6. /Rana/. /Samael/.

7. /Ourer/. /Raphael/. 7. /Netos/. /Michael/.

8. /Tanic/. /Gabriel/. 8. /Tafrac/. /Anael/.

9. /Neron/. /Cassiel/. 9. /Sassur/. /Raphael/.

10. /Jayon/. /Sachiel/. 10. /Aglo/. /Gabriel/.

11. /Abay/. /Samael/. 11. /Calerna/. /Cassiel/.

12. /Natalon/. /Michael/. 12. /Salam/. /Sachiel/.

Hours of the day. Angels of the hours. Hours of the night. Angels of the
hours.

1. /Yayn/. /Samael/. 1. /Beron/. /Cassiel/.

2. /Janor/. /Michael/. 2. /Barol/. /Sachiel/.

3. /Nasnia/. /Anael/. 3. /Thanu/. /Samael/.

4. /Salla/. /Raphael/. 4. /Athir/. /Michael/.

5. /Sadedali/. /Gabriel/. 5. /Mathon/. /Anael/.

6. /Thamur/. /Cassiel/. 6. /Rana/. /Raphael/.

7. /Ourer/. /Sachiel/. 7. /Netos/. /Gabriel/.

8. /Tanic/. /Samael/. 8. /Tafrac/. /Cassiel/.

9. /Neron/. /Michael/. 9. /Sassur/. /Sachiel/.

10. /Jayon/. /Anael/. 10. /Aglo/. /Samael/.

11. /Abay/. /Raphael/. 11. /Calerna/. /Michael/.

12. /Natalon/. /Gabriel/. 12. /Salam/. /Anael/.

Heptameron

21

/WEDNESDAY./

/THURSDAY./

Hours of the day. Angels of the hours. Hours of the night. Angels of the
hours.

1. /Yayn/. /Raphael/. 1. /Beron/. /Michael/.

2. /Janor/. /Gabriel/. 2. /Barol/. /Anael/.

3. /Nasnia/. /Cassiel/. 3. /Thanu/. /Raphael/.

4. /Salla/. /Sachael. /4. /Athir/. /Gabriel/.

5. /Sadedali/. /Samael/. 5. /Mathon/. /Cassiel/.

6. /Thamur/. /Michael/. 6. /Rana/. /Sachiel/.

7. /Ourer/. /Anael/. 7. /Netos/. /Samael/.

8. /Tanic/. /Raphael/. 8. /Tafrac/. /Michael/.

9. /Neron/. /Gabriel/. 9. /Sassur/. /Anael/.

10. /Jayon/. /Cassiel/. 10. /Aglo/. /Raphael/.

11. /Abay/. /Sachiel/. 11. /Calerna/. /Gabriel/.

12. /Natalon/. /Samael/. 12. /Salam/. /Cassiel/.

Hours of the day. Angels of the hours. Hours of the night. Angels of the
hours.

1. /Yayn/. /Sachiel/. 1. /Beron/. /Gabriel/.

2. /Janor/. /Samael/. 2. /Barol/. /Cassiel/.

3. /Nasnia/. /Michael/. 3. /Thanu/. /Sachiel/.

4. /Salla/. /Anael/. 4. /Athir/. /Samael/.

5. /Sadedali/. /Raphael/. 5. /Mathon/. /Michael/.

6. /Thamur/. /Gabriel/. 6. /Rana/. /Anael/.

7. /Ourer/. /Cassiel/. 7. /Netos/. /Raphael/.

8. /Tanic/. /Sachiel/. 8. /Tafrac/. /Gabriel/.

9. /Neron/. /Samael/. 9. /Sassur/. /Cassiel/.

10. /Jayon/. /Michael/. 10. /Aglo. Sachiel/.

11. /Abay/. /Anael/. 11. /Calerna/. /Samael/.

12. /Natalon/. /Raphael/. 12. /Salam/. /Michael/.

Heptameron

22

/FRIDAY./

/SATURDAY./

Hours of the day. Angels of the hours. Hours of the night. Angels of the
hours.

1. /Yayn/. /Anael. /1. /Beron/. /Samael/.

2. /Janor/. /Raphael/. 2. /Barol/. /Michael/.

3. /Nasnia/. /Gabriel/. 3. /Thanu/. /Anael/.

4. /Salla/. /Cassiel/. 4. /Athir/. /Raphael/.

5. /Sadedali/. /Sachiel. /5. /Mathon/. /Gabriel/.

6. /Thamur/. /Samael/. 6. /Rana/. /Cassiel/.

7. /Ourer/. /Michael/. 7. /Netos/. /Sachiel/.

8. /Tanic/. /Anael/. 8. /Tafrac/. /Samael/.

9. /Neron/. /Raphael/. 9. /Sassur/. /Michael/.

10. /Jayon/. /Gabriel/. 10. /Aglo/. /Anael/.

11. /Abay/. /Cassiel/. 11. /Calerna/. /Raphael/.

12. /Natalon/. /Sachiel/. 12. /Salam/. /Gabriel/.

Hours of the day. Angels of the hours. Hours of the night. Angels of the
hours.

1. /Yayn/. /Cassiel/. 1. /Beron/. /Raphael/.

2. /Janor/. /Sachiel/. 2. /Barol/. /Gabriel/.

3. /Nasnia/. /Samael/. 3. /Thanu/. /Cassiel/.

4. /Salla/. /Michael/. 4. /Athir/. /Sachiel/.

5. /Sadedali/. /Anael/. 5. /Mathon/. /Samael/.

6. /Thamur/. /Raphael/. 6. /Rana/. /Michael/.

7. /Ourer/. /Gabriel/. 7. /Netos/. /Anael/.

8. /Tanic/. /Cassiel/. 8. /Tafrac/. /Raphael/.

9. /Neron/. /Sachiel/. 9. /Sassur/. /Gabriel/.

10. /Jayon/. /Samael/. 10. /Aglo/. /Cassiel/.

11. /Abay/. /Michael/. 11. /Calerna/. /Sachiel/.

12. /Natalon/. /Anael/. 12. /Salam/. /Samael/.

Heptameron

23

But this is to be observed by the way, that the first hour of the day,
of every Country,

and in every season whatsoever, is to be assigned to the Sun-rising,
when he first appeareth

arising in the horizon: and the first hour of the night is to be the
thirteenth hour,

from the first hour of the day. But of these things it is sufficiently
spoken.

*FINIS.*

 
Vous trouverez dans ces pages des informations sur l'ésotérisme en général mais plus particulièrement sur le Martinisme, la Franc-Maçonnerie et les Thérapies spirituelles.

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Nom : Cyvard
Lieu : Noeux Les Mines, Pas de Calais, France
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